jeudi 7 août 2008

Obama et McCain s'affrontent sur les questions énergétiques

Des arguments de campagne qui volent bas, des hésitations au sujet de l'accroissement des forages off-shore... tout ceci manque cruellement d'anticipation et de volontarisme, qualités que sont censés posséder les politiciens...





"Comment partiraient-ils en vacances au moment où ils voient enfin une lueur dans la campagne? Alors que la Chambre des représentants a fermé, vendredi 1er août, pour cinq semaines, les élus républicains ont décidé de s'y incruster pour montrer que les démocrates ne font rien pour résoudre la crise du prix de l'essence. Les représentants ont prévu de se relayer, par roulement d'une vingtaine, jusqu'à ce qu'ils obtiennent de Nancy Pelosi, la présidente du Congrès, la convocation de la Chambre en session extraordinaire.

Ils demandent un vote sur les forages pétroliers off shore. La responsable démocrate n'est pas pressée de leur donner satisfaction, craignant la division au sein de son camp sur une idée qui a la faveur de 70% des Américains et qui est devenue centrale dans la campagne présidentielle.
La Chambre étant fermée, l'électricité est coupée. Les protestataires en ont été réduits, lundi, à lire leurs discours dans la pénombre, et devant des touristes, ravis, qu'ils avaient introduits sur les bancs, malgré leurs tenues estivales.

La chaîne parlementaire, dont le programme est contrôlé par la majorité, n'a pas été autorisée à les retransmettre. Qu'à cela ne tienne! Les élus ont utilisé leur téléphone portable pour tourner des images et l'un d'eux, le représentant du Texas, John Culberson, a acquis une certaine notoriété en utilisant le "twitter", un nouveau réseau en prise directe avec les électeurs, pour communiquer l'état de la rébellion. "Ceci est la maison du peuple"! lançait, lundi, le représentant de Caroline du Sud Gresham Barrett, en réclamant un vote pour "donner aux Américains un meilleur accès au pétrole américain".

Le candidat républicain John McCain, qui a fait de l'indépendance énergétique la pierre angulaire de sa campagne, leur a emboîté le pas : "J'appelle le sénateur Obama à demander la convocation du Congrès, a-t-il dit, lundi. Nous devons forer ici, et forer maintenant." Ses assistants ont en même temps distribué un cadeau à la presse, à l'occasion du 47e anniversaire de M. Obama. Il s'agit d'un manomètre, sur lequel figure l'inscription : "Plan Obama pour l'énergie". Une référence à un commentaire que M. Obama avait fait, la semaine dernière, dans le Missouri. "Gonfler correctement les pneus des véhicules et régler les moteurs permet d'économiser autant de carburant" que ce que ne produiront jamais les forages off shore, avait-il assuré. Le commentaire a aussi été reformaté par la campagne républicaine : "La réponse de Barack Obama à la crise énergétique? Gonflez vos pneus!" La "machine à message républicaine" s'est remise à tourner, analyse ABC News. L'ancien artisan de la reconquête conservatrice Newt Gingrich a fait entendre exactement le même message que M. McCain : des forages "ici et maintenant" ("Drill here, drill now"). C'est aussi le titre de la pétition qu'il a lancée il y a un mois et qui a, selon lui, recueilli 1,4 million de signatures. Sur le site Web de son association, M. Gingrich promet une "véritable campagne du changement pour baisser le prix de l'essence".

BARACK OBAMA CHANGE D'AVIS SUR L'EXPLOITATION OFF SHORE

Barack Obama a-t-il senti qu'il avait laissé à son adversaire l'initiative sur un sujet qui mobilise le pays? Il a reprécisé ses propositions lundi, à Lansing, dans le Michigan. Celles-ci ont évolué, de manière significative.

M. Obama reste opposé au forage sur le plateau continental, idée qu'il juge inopérante. "Nous ne verrions pas une seule goutte de pétrole pendant au moins sept ans", souligne-t-il. Mais il accepte désormais d'en passer par l'exploitation off shore, dans le cadre d'un compromis avec les républicains sur un plan énergétique global qui viserait surtout à développer les énergies renouvelables. Les Amis de la Terre, qui avait apporté leur soutien à M. Obama, ont exprimé leur "déception" de le voir changer d'avis "alors qu'il sait que ce n'est pas une vraie solution à la crise énergétique".

Pour compenser l'effet des hausses de tarif des carburants, M. Obama propose aussi un crédit énergie de 1000 dollars (650 euros environ) par famille à revenus modestes, financé par une imposition sur les profits des compagnies pétrolières. Enfin, il souhaite puiser quelque 70 millions de barils dans la réserve stratégique pour faire baisser les prix. Il y a encore un mois, il s'y était déclaré opposé, la réserve étant un stock prévu pour les urgences. "La réserve stratégique existe pour les besoins de la sécurité nationale, pas pour ceux de l'élection de Barack Obama", a dit Tucker Bounds, le porte-parole du sénateur républicain.

Les sondages, qui montraient que M. Obama était en tête mais n'arrivait pas à décoller, attestent maintenant que M. McCain talonne son adversaire de près. Dans les Etats où l'élection devrait se jouer, M. Obama conserve généralement quelques points d'avance, selon l'institut Rasmussen. Mais sur l'énergie, 46% des personnes interrogées font maintenant davantage confiance à son rival républicain alors qu'il le devançait de 4 points il y a deux mois.
Corine Lesnes"


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Postscriptum :


M. McCain accusé d'être inféodé aux compagnies pétrolières
Le candidat démocrate Barack Obama, tourné en ridicule dans les dernières publicités télévisées républicaines pour sa tournée de "rock star" à l'étranger, en juillet, a contre-attaqué, lundi 4 août, à trois mois, jour pour jour, de l'élection présidentielle, en lançant au niveau national un clip prenant pour cible les relations entre son adversaire républicain, John McCain, et les grandes compagnies pétrolières.
"Chaque fois que vous remplissez votre réservoir, les compagnies pétrolières se remplissent les poches", affirme le clip du candidat démocrate. "Les grandes compagnies pétrolières ont donné jusqu'à présent 2 millions de dollars à la campagne de John McCain", dit une voix off. "Au lieu de vouloir taxer les profits des compagnies pétrolières pour aider les automobilistes, McCain veut leur donner 4 milliards de dollars de remises d'impôts", ajoute le clip démocrate.
"Après avoir eu un président inféodé aux compagnies pétrolières, nous ne pouvons nous permettre d'en avoir un second", conclut le clip, en montrant une photo de George Bush et John McCain côte à côte. – (AFP.)

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