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mercredi 24 mai 2017

La ruineuse usine à gaz solaire de Ségolène Royal.

https://www.contrepoints.org/2017/05/24/290200-ruineuse-usine-a-gaz-solaire-de-mme-royal

Ségolène Royal a signé le 9 mai 2017 son dernier arrêté fixant les nouvelles conditions d’achat de l’électricité produite par des panneaux photovoltaïques. Ceci pourrait être un gouffre financier sans équivalent.

Par Bruno Comby et Michel Gay.

Avant de quitter le ministère de l’Énergie et de l’Écologie, Madame Ségolène Royal a travaillé jusqu’à la dernière minute pour mettre en place avant de partir un système tarifaire incitatif encourageant l’autoconsommation d’électricité solaire. Elle a signé le 9 mai 2017 son dernier arrêté fixant les nouvelles conditions d’achat de l’électricité produite par des panneaux photovoltaïques.

Il est à première vue sympathique et vertueux (au sens « vert » du terme), mais en apparence seulement, car comme souvent le diable se cache dans les détails.

La formulation alambiquée de ce texte est une véritable usine à gaz, parsemée de formules mathématiques époustouflantes et incompréhensibles pour le commun des mortels (parcourez l’arrêté, juste pour voir…).

DES DIZAINES DE MILLIARDS D’EUROS POUR LE CONTRIBUABLE

Ce qui est clair, après quelques calculs, c’est que son application va coûter des dizaines milliards d’euros qui s’imposeront aux successeurs de Ségolène et aux Français.

Le système est ouvert pour seulement 18 mois (jusqu’à fin 2018). Mais les consommateurs français d’électricité devront payer pendant 20 ans après fin 2018, donc jusqu’à fin 2038 !

La nouvelle prime à l’installation et le nouveau tarif d’achat pourrait coûter à la collectivité jusqu’à plus de 100 milliards d’euros ! (Voir en annexe : « petits calculs »)
Cet arrêté tarifaire s’applique aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises, pour des installations d’une puissance inférieure à 100 kilowatts crête (kWc). Il s’applique à la revente de la totalité de la production (comme jusqu’à présent), et aussi à l’autoconsommation (avec un petit bonus dans ce cas).

UNE IDÉE DES TARIFS

Pour une famille qui voudrait installer entre 20 et 60 m2 de capteurs solaires sur son toit (soit 3 à 9 kW crête), le tarif d’achat s’étale de 15,89 c€/kWh à 18,7 c€/kWh.

Ce prix d’achat est moins généreux que les 60 c€/kWh dont certains chanceux ont bénéficié en 2010, mais toujours bien supérieur au prix de production industriel de l’électricité d’environ 5 c€/kWh. Il varie légèrement en fonction de plusieurs paramètres, et avec le temps qui passe, pour un même abonné (avec des formules mathématiques compliquées).

– Pour une installation entre 9 et 36 kWc (plutôt pour des PME, ou le toit d’une piscine ou d’un magasin, par exemple)  = 12,07 c€/ kWh

– Pour une installation entre 36 et 100 kWc (environ 2400 à 6600 m2 de capteurs) = 11,5 c€/ kWh

Il existe aussi une prime pour l’intégration au bâti de 3 c€/kWh limitée aux 6 premiers trimestres.

Il sera désormais possible de bénéficier du tarif de rachat pour des panneaux PV posés sur un toit-terrasse, ou servant d’ombrière au dessus d’une terrasse ou d’un balcon par exemple. Les conditions pour bénéficier du tarif sont plus souples qu’auparavant.

DÉPÔT ET RECYCLAGE DES PANNEAUX OBLIGATOIRES

La dépose et le recyclage des panneaux en fin de vie dans une usine agréée à cet effet est dorénavant obligatoire. Elle est à la charge du producteur d’électricité (c’est-à-dire vous).
La définition de l’intégration au bâti change. Elle permet de ne plus enlever les anciennes tuiles, et de poser les panneaux solaires jusqu’à 20 millimètres au dessus d’un toit existant (les panneaux produisent alors davantage car, étant ventilés, ils chauffent moins).
En cas d’autoconsommation (le surplus est vendu), il y a une prime à l’installation (en plus du tarif de rachat) dont le montant est de l’ordre de 1200 € maximum pour 3 kWc (c’est proportionnel à la puissance mais avec des seuils et des tranches).

LES PRIMES DÉGRESSIVES

Cette prime dégressive est versée sur 5 années au « producteur » (vous, si vous installez des panneaux sur votre toit) par l’acheteur (ENEDIS). Elle est fixée à :

400 €/kWc pour une installation jusqu’à 3kWc

300 €/kWc pour une installation entre 3 et 9 kWc

200 €/kWc pour une installation entre 9 et 36 kWc

100 €/kWc pour une installation entre 36 et 100 kWc

La quantité d’électricité achetée au tarif de rachat est limitée à 1600 heures maximum d’équivalent de production pleine puissance par an (soit un facteur de charge de 18%).

C’est à peu près le rendement des meilleurs panneaux bien orientés plein sud. Il ne sera donc plus possible de tricher comme certains malins en Espagne qui revendaient de l’électricité prétendument solaire en éclairant les panneaux solaires la nuit avec des LEDS.

UN SYSTÈME TOUJOURS GÉNÉREUX

Il est possible de procéder à des installations multiples pour un même propriétaire (par exemple sur la résidence principale ET sur la résidence secondaire), mais avec un tarif de rachat éventuellement  légèrement inférieur (en fonction des seuils de puissance).

Ce système est donc toujours généreux. Il s’agit encore d’une énorme subvention ! Des milliards d’euros sont actuellement déjà jetés par la fenêtre (plus de 5 milliards d’euros par an, à quoi va s’ajouter ce nouveau  système).

L’électricité est toujours rachetée sur le site de production (chez vous) en petite quantité à un prix supérieur au prix de vente au détail qui inclut le transport et surtout les taxes pour la collectivité, ce qui n’est pas logique sur le plan social et commercial.

DERRIÈRE LES PROMESSES DES TECHNOCRATES…

Cependant, attention il s’agit peut-être d’un piège : car derrière les belles promesses d’une vie plus verte, il serait vicieux que les technocrates antinucléaires poussent massivement les Français à s’équiper de panneaux solaires d’ici fin 2018, pour ensuite annoncer en 2019 des taxes sur ces mêmes panneaux…

C’est déjà le cas en Espagne et en Allemagne où, après avoir été généreusement encouragés, les propriétaires de panneaux solaires sont maintenant surtaxés. Ils doivent payer une taxe de réseau, qui ne va pas tarder en France également.

Ce qui est d’ailleurs logique dès lors qu’on demande au réseau de reprendre l’électricité photovoltaïque à un moment où celui-ci n’en a pas besoin, ce qui induit des complications et des coûts élevés.
Ce nouveau système est donc une magnifique usine à gaz pondue par la technocratie verte qui va coûter une fortune.
Heureusement qu’il restera encore les réacteurs nucléaires pour produire l’électricité quand on en aura besoin…

ANNEXE « PETITS CALCULS »

Si 5 millions de foyers (sur plus de 23 millions) profitent de ce nouveau tarif en installant seulement 20 m2 de panneaux PV sur leur toit, soit 3 kW (12 panneaux de 250 Watts-crête = 20 m2), combien cela va-t-il coûter à la collectivité ?

(Rappel : il est possible d’en installer trois fois plus car le tarif reste intéressant pour les particuliers jusqu’à 9 kW).

Tarif de rachat : 18,7 c€/kWh

Prime d’intégration au bâti : 3 c€/kWh

Total rachat avec prime : 21,7 c€/kWh

Comme ce tarif va s’éroder avec les années qui passe, prenons un tarif moyen de rachat de 20 c€/kWh sur 20 ans (en tenant compte de la réindexation qui agit dans l’autre sens).

Production moyenne des panneaux (en région parisienne) : 3000 kWh par an (ajouter 15% à Nice).

3000 kWh par an x 20 ans x 20 c€/kWh = 12 000 €

S’y ajoute la prime d’installation : 1200 € (et d’éventuelles aides de la région, du département ou de la ville).

Soit un coût de 13 200 € à régler par la collectivité pour chaque foyer bénéficiaire x 5 millions de bénéficiaires = 66 milliards d’EUROS au total sur 20 ans (!)
Avons-nous besoin d’une telle hémorragie financière en période de disette budgétaire ?

Encore un gigantesque gaspillage d’argent public pour produire de l’électricité uniquement de jour, et principalement en été au moment où elle est largement inutile puisque nos réacteurs nucléaires freinent déjà leur production (surcapacité) tout en coûtant le même prix à exploiter qu’il y ait une production d’électricité solaire ou non.

En cas de succès de ce nouveau tarif de rachat pour l’autoconsommation, tripler et même quadrupler le prix de l’électricité pour tous les consommateurs est-il vraiment un objectif à atteindre ? Cela alors que 12 millions de Français (un sur cinq) sont déjà en situation de précarité énergétique…

Les seuls qui y gagneront sont les grands industriels fabricants de panneaux solaires chinois et américains (essentiellement).
Il est donc à espérer pour nos concitoyens que ce dispositif ne séduira pas des millions de Français, comme l’espère Madame Royal.

vendredi 25 novembre 2011

L'énergie au coeur des débats : Une campagne électorale agitée en prévision de 2012

Que pensez vous des politiques énergétiques pronées par les différentes partis politiques ?

Association totalement apolitique, l'AEPN n'est pas indifférente au sort qu'on pourra réserver aux politiques énergétiques en France.

L'accord PS-EELV defraye régulièrement la chronique, avez vous une opinion à émettre ?

Libération :

Nucléaire : le bouquet énergétique n'a pas qu'une fleur (par un conseiller à l'énergie)

et : Analyse de la stratégie des Verts

et : réfutations des approximations au PS

 

Même le scénario Negawatt 2011 qui fonde les hypothèse actuelles est plus que mis en doute (voir ici)

 Episode suivant ? à suivre...


dimanche 30 octobre 2011

Que retenir du livre de Bruckner : "le Fanatisme de l'Apocalypse. Sauver la Terre, punir l'homme"



A chacun de se faire son opinion.
Pour ma part, malgré quelques excès, il me semble que Pascal Bruckner alerte avec raison à propos des méthodes très discutables utilisées par certains "auto-proclamés écologistes".


Extrait :

P. Bruckner La peur a toujours été l'instrument des dictatures, qui veulent paniquer les peuples pour les infantiliser. On renverse complètement les présupposés de l'éducation classique, où l'on enseignait d'abord aux enfants comment affronter les dangers. Maintenant on brandit effroi comme école de lucidité. Or le catastrophisme n'a pour seul effet que de nous désarmer


L'article complet du Nouvel Obs. :

Nicolas Hulot : Journaliste, animateur-producteur d'"Ushuaïa", inspirateur du pacte écologique de 2007, il a été un des récents candidats à la primaire écologiste. Il a publié de nombreux ouvrages dont "la Terre en partage" (La Martinière, 2005), "Pour un pacte écologique" (Calmann-Lévy, 2006) et a réalisé en 2009 le film "le Syndrome du Titanic". 
Pascal Bruckner : Ecrivain, essayiste, il est l'auteur de nombreux essais dont "la Tentation de l'innocence" (prix Médicis 1995), "la Tyrannie de la pénitence" et "le Paradoxe amoureux" aux Editions Grasset. Il vient de publier chez le même éditeur "le Fanatisme de l'Apocalypse. Sauver la Terre, punir l'homme".


> Pascal Bruckner, vous n'y allez pas de main morte en écrivant : "L'écologie du désastre est d'abord un désastre pour l'écologie"...
- Pascal Bruckner Je distingue deux écologies, une de la raison et une autre de la divagation, une qui célèbre la nature et une autre qui accuse l'homme. Depuis une dizaine d'années, l'écologie, devenue l'idéologie dominante, instruit le procès de l'humanité et alimente l'angoisse des gens. Paradoxalement elle détourne les citoyens du souci environnemental : l'imminence de la catastrophe est telle que, quoi que nous fassions, c'est fichu.
- Nicolas Hulot Je m'inscris en faux contre l'idée que le sort de l'humain soit second. Notre référence cardinale, c'est l'homme. Celui d'aujourd'hui et de demain. Je ne vois rien de contradictoire avec la préoccupation environnementale : la science et l'observation nous enseignent qu'il y a une étroite communauté de destins entre l'homme et son milieu vivant. L'unique point d'accord que j'ai avec vous, c'est que le désespoir n'est pas mobilisateur. Ce qui rend d'ailleurs délicat l'exercice des lanceurs d'alerte parmi lesquels je me range. Si on donne le sentiment que les crises écologiques c'est toujours pour plus tard, ou que le génie humain trouvera sans coup faillir les remèdes, on devient complice de l'inertie ambiante. « L'habitude, disait Edgar Morin, c'est de sacrifier l'urgence à l'essentiel, alors que l'essentiel c'est précisément l'urgence ! » La seule fatalité que je craigne, c'est de céder au fatalisme. Et je suis triste que les intellectuels soient aussi silencieux sur ces enjeux majeurs et ne nous aident pas à redéfinir le sens du progrès.

> Prenons le livre de Keynes, "les Conséquences économiques de la paix", écrit en 1919. Il y décrivait les scénarios du pire. Tout s 'est révélé exact. Faudrait-il proscrire la pédagogie de la peur quand elle est au service de la vérité ?
- P. Bruckner La peur a toujours été l'instrument des dictatures, qui veulent paniquer les peuples pour les infantiliser. On renverse complètement les présupposés de l'éducation classique, où l'on enseignait d'abord aux enfants comment affronter les dangers. Maintenant on brandit effroi comme école de lucidité. Or le catastrophisme n'a pour seul effet que de nous désarmer. Il y a dans de nombreux discours écologistes une tentation dictatoriale, déjà présente chez Hans Jonas, qui voulait confer la planète à une élite éclairée. Si demain, par malheur, on crée des commissaires politiques du carbone, je ne donne pas cher de nos libertés. Et puis, face à la menace d'une fin des temps, on oppose des gestes dérisoires : abandonner la voiture, manger végétarien, ne plus prendre de bains mais des douches. Remèdes ridicules !
- N. Hulot Vous confondez tout ! Les incitations aux économies d'eau ou d'électricité n'ont pour objet que de sensibiliser aux enjeux écologiques. Pas de les résoudre. Il faut maintenant trouver un autre modèle de développement en sachant qu'une croissance illimitée dans un monde limité n'est pas viable. Que 90 % des matières premières et des ressources naturelles puissent disparaître à la fin du XXIe siècle, ce n'est pas une vue de l'esprit. Nous ne sommes là ni dans la morale, ni dans l'idéologie, ni dans la religion. Je ne m'aventure pas à faire des pronostics sur la fin du monde, mais je suis convaincu que l'univers de demain sera bien différent de celui d'aujourd'hui. Contrairement aux apparences, la norme, ce n'est pas l'abondance mais la rareté. Or la rareté s'anticipe et se gère. Il ne faut pas s'inquiéter d'avoir à édicter collectivement et démocratiquement des limites.

> Pascal Bruckner, vous avez remarqué que Nicolas Hulot fait appel aux intellectuels. Que lui répondez-vous ?
- P. Bruckner Les intellectuels sont utiles pour éviter au mouvement écologiste les dérives dans lesquelles il s'enferre. Tout comme le mouvement ouvrier du XIXe siècle était divisé entre le socialisme démocratique ou libertaire d'un côté et le prébolchevisme totalitaire de l'autre, l'écologie devra choisir. Ce courant autoritaire est d'ailleurs celui qui a battu Nicolas Hulot lors de la primaire. Je ne suis pas surpris qu'on lui ait préféré une juge d'instruction, certes talentueuse, mais qui mettrait volontiers des menottes au genre humain pour lui imposer des limites. Vous avez vous-même mis en garde contre une écologie punitive. Le slogan ridicule « Sauver la planète » ne sert qu'à culpabiliser les enfants ! Si les opinions ont été sensibles au climato-scepticisme, c'est que la thèse du réchauffement climatique a été assénée de façon dogmatique.
- N. Hulot Soyons sérieux ! La question du réchauffement ne se tranche pas à l'applaudimètre ! Ce n'est pas une affaire de sensibilité ou d'opinion. Il faut rappeler qu'à la suite de la Conférence de Rio en 1992 la communauté internationale a confié aux meilleurs experts mondiaux la mission de synthétiser les travaux scientifiques. Il s'avère que la part des activités humaines dans les changements climatiques est réelle. Et que certaines projections à long terme sont catastrophiques si on ne fait rien. N'est-ce pas un devoir d'alerter sur les risques du pire ? Je crois que chacun doit prendre sa part de responsabilité sur le futur. Je retourne bientôt au Tchad avec la représentante des peuples sahariens et nomades dans les négociations sur le changement climatique. A Copenhague, elle m'avait dit cette phrase : « Pour vous, le réchauffement, c'est parfois agréable parce que vous êtes entee-shirt l'hiver. Mais nous, nous sommes déjà dans le tunnel de la mort ! »
- P. Bruckner Que je sache, il a toujours fait assez chaud dans les pays sahéliens ! Plutôt que d'élaborer des scénarios effrayants, pourquoi ne pas s'adapter ? La meilleure réponse aux dérèglements du climat, c'est le développement des pays pauvres, qui doivent se donner les moyens de résister aux aléas naturels. C'est d'ailleurs ce que font les pays émergents, qui tentent de corriger les dégâts de la croissance. Eux connaissent la catastrophe, c'est-à-dire la faim, la pauvreté, la maladie. C'est pourquoi nos discours alarmistes sont inaudibles en Chine, en Inde ou au Brésil, même si ces pays sont conscients des problèmes environnementaux. Leur pari, c'est de promouvoir une vie décente pour des milliards d'hommes sans épuiser les ressources. Les Chinois sont numéro un pour la fabrication des panneaux solaires. Je me demande si le discours catastrophiste n'est pas que le cri dépité des anciennes nations dominantes, Europe et Amérique, réalisant qu'elles ont perdu la main et que les colonisés d'hier leur ont volé le feu. Nous voudrions mettre un terme à l'histoire industrielle, mais les autres peuples nous laissent à nos anathèmes et poursuivent autrement l'aventure du progrès.
- N. Hulot Quand vous dites qu'il a toujours fait chaud au Sahel, ça me choque. Il faut tout de même réaliser ce qu'un minuscule degré de plus signifie dans la bande sahélienne. Au Darfour, c'est précisément ce degré-là qui a déclenché un basculement climatique et contraint les éleveurs de chameaux nomades à se déplacer et à entrer en compétition avec les pasteurs. Vous me reprochez de ne pas avancer de solutions toutes faites et vous avez raison : je n'ai pas réponse à tout. Mais ma vision est très nette. Il convient d'abord de fixer des limites qui ne soient pas des privations. Car le progrès, c'est ma conviction, vaut autant par des acquiescements que par des renoncements. Et à cet égard vous faites une lourde erreur quand vous évoquez la Chine. Pékin a cent fois mieux que nous anticipé l'épuisement des ressources. Là où l'Europe a un diplomate en Afrique, les Chinois en ont dix pour accaparer les terres rares ! Ils ont pris conscience qu'ils ne pourront pas se développer à l'identique de l'Occident.
- P. Bruckner Je vous accorde que vous incarnez une écologie humaniste. Et c'est pourquoi vous avez été battu à la primaire. Il y a d'autres courants, notamment chez les militants pour qui les droits du vivant ont la préséance sur les droits de l'homme. On nous explique, c'est la position d'un Michel Serres, qu'il faut accorder un droit à la nature ou encore « penser comme une montagne » (Aldo Leopold) contre les humains prédateurs. Ce faisant, on oublie que défendre une forêt contre la cupidité d un entrepreneur minier, c'est toujours opposer certains hommes à d'autres hommes. Les falaises, les bovins, les oiseaux ont droit à notre protection, mais ils ne peuvent plaider leur cause eux-mêmes. Au lieu d'invoquer une guerre entre l'homme et les espèces animales, il conviendrait de plaider pour une solidarité du vivant. Pour un anthropocentrisme élargi.

> Les écologistes, écrivez-vous, seraient des « ventriloques » qui parlent au nom des générations futures. Préserver les intérêts de l'humanité à venir ne date pourtant pas d'aujourd'hui. C'était déjà une préoccupation de Condorcet...
- P. Bruckner Le chantage à l'avenir a toujours été un moyen de tyranniser les hommes : le christianisme expliquait déjà que les péchés commis sur terre se paieraient au centuple en enfer. Le marxisme exigeait le sacrifice des masses populaires pour le bonheur des générations qui vivraient un jour dans le paradis socialiste. Nous sommes responsables de nos enfants et de nos petits-enfants, mais au-delà, cette charge devient abstraite : l'étendre à notre descendance sur cent ou deux cents ans est absurde ! On prend le risque de tyranniser les générations présentes sous prétexte de sauver une humanité future dont on ne sait rien. Tout subordonner à la survie permet en outre de détourner le regard des injustices du temps présent. Ce que je vois dans le courant écologique, c'est un phénomène très classique en Occident : le retour, au nom de la défense de la Terre mère, de la peste ascétique. Est-ce se conduire en enfant gâté que de vouloir, quand on appuie sur l'interrupteur, que la lumière soit et non qu'on réduise de 50% notre consommation d'électricité comme le suggérait Yves Cochet ? Va-t-on éteindre les villes la nuit, revenir à l'époque de la bougie, comme semblent le souhaiter les décroissants ?
- N. Hulot Ce qu'il faudrait surtout éviter, c'est de n'avoir pas d'autre alternative que celle de la bougie ! Encore une fois, nous puisons l'essentiel de notre énergie et de nos ressources dans des stocks finis qui arriveront forcément à épuisement. Si on veut éviter le rationnement et la régression, il faut que nous nous fixions collectivement des bornes. Exactement comme on l'a décidé pour les ressources halieutiques. On a imposé en Europe des quotas de pêche et les scientifiques contrôlent régulièrement les résultats. Parfois, oui, ils disent : là, il faut arrêter, sinon les thons rouges ne pourront plus se reproduire et ils disparaîtront. Quand on intervient trop tard, comme ce fut le cas avec la morue, les stocks ne sont toujours pas reconstitués cinquante ans après. Nous sortons à peine de cette illusion de l'abondance. Je ne plaide pas pour une société ascétique, mais je crois qu'il y a certainement un point d'équilibre qu'il faudra bien trouver entre l'ascétisme obligatoire et le gâchis inconscient. 20% de l'humanité qui consomme 80% des ressources de la planète, comment appelez-vous ça ? L'idée n'est pas de pénaliser l'homme d'aujourd'hui au nom de l'homme hypothétique du troisième millénaire. C'est plutôt de concilier l'ensemble des contraintes et, dans beaucoup de domaines, on sait déjà faire. Prenons l'exemple de l'injustice sociale dont vous supposez à tort que l'écologie ne se préoccupe pas. C'est tout le contraire ! Si nous ne partageons pas les richesses, et vite, un risque majeur d'explosion est à craindre parce que, dans un monde interconnecté, tout se voit et tout se sait. Vous mettez donc dans le baril de poudre des inégalités un puissant détonateur : l'humiliation. Pour moi, l'écologie ce n'est pas une préoccupation de plus à un moment critique de l'histoire, c'est l'histoire tout court.
- P. Bruckner Je reste confiant dans le génie humain, dans sa capacité à surmonter les problèmes qui se posent à lui. Tout en étant conscient de l'extrême difficulté de notre situation. J'observe une attitude ambiguë dans le mouvement écologique vis-à-vis de la science. D'un côté, il dresse une critique du progrès et de ses dérives déjà présente chez Rousseau. De l'autre, il invoque en permanence les études des savants qui justifient son combat. "Les scientifiques nous disent...", ainsi commencent toutes les objurgations vertes. C'est sur des travaux savants que les écologistes s'appuient pour asséner que la Terre a épuisé les ressources disponibles. Mais la science est d'abord une école du doute qui ne cesse de réfuter ses erreurs passées. A bien y regarder, l'écologie est en fait piégée dans l'idéologie qu'elle dénonce : celle du progrès, du calcul et du scientisme. Que savons-nous des capacités de la Terre à encaisser les pollutions contemporaines ou même le réchauffement ? Vous remarquerez que les bonnes nouvelles ou les progrès déjà réalisés sont généralement passés sous silence puisqu'il s'agit en permanence de nous accabler, de nous décourager. On ne nous dit jamais, par exemple, qu'il y a plus de forêts en France en 2011 qu'au XIXe siècle, qu'on respire mieux à Paris aujourd'hui qu'en 1960 ou encore que les déchets de plastique qui flottent dans l'océan Antarctique sont déchiquetés en petites billes par des bactéries. Il y a une réversibilité des dommages, la nature peut produire des contre-pouvoirs aux pollutions qu'elle affronte. Et si les stocks naturels sont limités, les ressources intellectuelles, elles, sont illimitées. Je refuse à me complaire dans une vision sombre des temps à venir. Je crois que le remède se trouve dans le mal et au sein même du progrès et de la science qui ont généré, c'est exact, des ravages effroyables mais les ont aussi corrigés. Je ne comprends pas la diabolisation des OGM ou plutôt je comprends trop bien qu'en détruisant les parcelles les faucheurs volontaires font le jeu, sans le savoir peut-être, des puissantes multinationales américaines qui n'ont plus de concurrents français.
- N. Hulot Comme disait un des mes amis économiste américain, Amory Lovins, l'optimisme et le pessimisme sont les deux facettes d'une même médaille : la résignation. Dans les deux hypothèses, soit que tout s'arrange, soit que tout s'effondre, on reste passif. Or il y a des processus irréversibles et d'autres sur lesquels on peut agir. Pour la couche d'ozone, l'amélioration s'explique pour une bonne part par l'interdiction des aérosols. En revanche, quand mon camarade Yves Coppens lançait l'idée que pour limiter le réchauffement climatique on pourrait modifier l'axe d'inclinaison ou de la rotation de la Terre grâce à des charges atomiques, je crois qu'on s'égare. Comme le disait Jean Rostand : « La science a fait de nous des dieux avant défaire de nous des hommes. Et pour l'heure nous ne sommes encore que des hommes. » J'ai autant foi que vous dans le génie humain, mais les menaces ont changé d'échelle. Pour la première fois, les emballements risquent bien de nous échapper. Peut-être bien qu'après-demain on pourra capter une infime partie de ce que le Soleil fournit en énergie à la Terre et que cela suffirait à répondre à nos besoins. Mais on n'en est pas là. Et pour arriver sain et sauf à ce rendez-vous, il faudra un nouveau modèle économique pour que l'ère des vanités fasse place à celle de l'humilité.

> Vous n'avez pas évoqué Fukushima. Cette catastrophe ne vient-elle pas précisément donner raison aux catastrophistes écolos ?
- P. Bruckner Quand c'est arrivé, j'ai noté une étrange volupté du désastre chez certains prophètes de l'horreur annonçant « la fin du progrès », tel Ulrich Beck ! Pour eux, ce fut une divine surprise : enfin ils avaient leur second Tchernobyl. Il y a des amoureux de la catastrophe qui l'attendent comme d'autres l'arrivée du Messie. Six mois après, on compte peu de morts, même si des conséquences funestes sont à craindre et que les négligences de l'entreprise Tepco sont criminelles. Je veux bien qu'on arrête l'énergie nucléaire civile, mais par quoi la remplacer dès lors que les énergies renouvelables ne renouvellent pour l'instant pas grand-chose ?
- N. Hulot Je ne peux pas laisser dire qu'un seul écologiste digne de ce nom puisse se réjouir de la catastrophe de Fukushima ! Que les événements viennent avaliser ou infirmer mes inquiétudes ne me conduit pas à faire des hiérarchies dans l'affliction. Simplement, lorsqu'une société n'est pas capable de contenir dans le temps et l'espace les conséquences d'un risque technologique, il faut arrêter. A Fukushima, on a vu que le personnel scientifique et politique était dépassé. Pour moi, c'est la démonstration de trop. Si on répond aux besoins énergétiques de la planète par l'atome, on aura statistiquement un accident tous les cinq ans. Et qu'un territoire puisse être contaminé sur 50 kilomètres pendant plusieurs générations, ce n'est pas l'idée que je me fais du progrès.
Recueilli par Guillaume Malaurie et Maël Thierry - Le Nouvel Observateur