Affichage des articles dont le libellé est tchernobyl. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est tchernobyl. Afficher tous les articles

jeudi 8 octobre 2015

Quand la radioactivité n'est pas le vrai risque.

Traduction de l'article intitulé "

When Radiation Isn’t the Real Risk"


Patients évacués dans un hôpital près de la centrale de Fukushima après l'accident nucléaire en 2011. Aucune personne n'a été tuée ou rendue malade par les rayonnements, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique. Mais environ 1.600 sont morts de causes liées à l'évacuation.

DAISUKE TOMITA / Yomiuri Shimbun, VIA ASSOCIATED PRESS
21 septembre 2015

George Johnson

DONNÉES BRUTES

Ce printemps, quatre ans après l'accident nucléaire de Fukushima, un petit groupe de scientifiques s'est réuni à Tokyo pour évaluer la mortalité.

Personne n'a été tué ou rendu malade par les rayonnements - un point confirmé le mois dernier par l'Agence internationale de l'énergie atomique. Même parmi les travailleurs de Fukushima, le nombre de cas de cancer supplémentaires dans les prochaines années devrait être assez bas pour être indétectable, impossible à discerner derrière le bruit de fond statistique.

Mais environ 1.600 personnes sont mortes du stress de l'évacuation - que certains scientifiques considèrent comme non justifiée par les niveaux de rayonnement relativement modérés constatés à la centrale nucléaire japonaise.

Les épidémiologistes parlent de "décès stochastiques", ceux qu'ils prédisent comme allant se passer dans l'avenir en raison du rayonnement ou d'un autre risque. En l'absence de noms attachés aux numéros, ils restent une abstraction.

Mais ces autres décès ont été immédiats et sans équivoque.

"Le gouvernement était essentiellement paniqué", a déclaré le Dr Mohan Doss, un physicien médical qui a parlé à la réunion de Tokyo, quand je l'ai appelé à son bureau au Fox Chase Cancer Center à Philadelphie. "Lorsque vous évacuez une unité de soins intensifs de l'hôpital, vous ne pouvez pas placer les patients dans une école secondaire et attendre d'eux qu'ils survivent."


Parmi les autres victimes se trouvaient des résidents de maisons de soins infirmiers. Et il y eut des suicides. "C'était la peur des radiations qui a fini par tuer des gens", a-t-il dit.

La plupart des retombées a été emportée au large par des vents d'est, et le reste a été dispersé et dilué sur la terre. Si les personnes évacuées étaient restées à la maison, leur exposition cumulative sur quatre ans, dans les endroits les plus intensément radioactifs, aurait été d'environ 70 millisieverts - à peu près comparables à ce que recoit un corps humain entier suite au diagnostic de scanner haute résolution chaque année. Mais ces points chauds étaient de rares exceptions.

Selon les calculs de M. Doss, la plupart des résidents aurait reçu beaucoup moins, environ 4 millisieverts par an. L'exposition annuelle moyenne de la radioactivité naturelle de la terre est de 2,4 millisieverts.

L'effet ajouté que les retombées auraient par rapport à celle de l'évacuation dépend de la validité du «modèle linéaire sans seuil» (RLSS), qui suppose que toute quantité de rayonnement, peu importe leur taille, provoque certains dommages.

Dr Doss est parmi les scientifiques qui remettent en question cette supposition, construite au sujet des normes de rayonnement dans le monde. En dessous d'un certain seuil, affirment-ils, de faibles doses sont inoffensives, voire bénéfiques - un phénomène longtemps débattu appelé hormèse de rayonnement.

Récemment, lui et deux autres chercheurs, Carol S. Marcus de Port-UCLA Medical Center à Los Angeles et Mark L. Miller, de Sandia National Laboratories à Albuquerque, ont demandé à la Commission de réglementation nucléaire à revoir ses règles pour éviter les réactions excessives à ce qui peut être des menaces inexistantes.

La période de commentaires du public est toujours ouverte, et quand elle sera terminée, il y aura une masse de preuves contradictoires à déchiffrer.

On pense qu'un sievert de rayonnement peut éventuellement causer un cancer mortel pour environ 5 pour cent des personnes exposées. Selon le modèle linéaire sans seuil, un millisievert imposerait un-millième de risque: 0,005 pour cent, soit cinq cancers mortels dans une population de 100.000 habitants.

Environ deux fois le nombre de personnes qui ont été évacuées dans la zone de 20 kilomètres près des réacteurs de Fukushima. En évitant ce qui aurait été une exposition cumulative moyenne de 16 millisieverts, le nombre de décès par cancer était donc peut-être [hypothetiquement] diminué de 160, soit 10 pour cent du total qui est mort dans l'évacuation elle-même.

Mais cette estimation suppose la validité des normes actuelles. Si de faibles niveaux de rayonnement sont moins nocifs, les retombées n'auraient pas pu avoir causé une augmentation du taux de cancer.

L'idée d'hormèse va plus loin, en proposant que le rayonnement faible peut effectivement réduire le risque d'une personne. La vie a évolué dans un environnement faiblement radioactif, et certaines expériences de laboratoire ainsi que des études sur des animaux indiquent que de faibles expositions libérent des antioxydants protecteurs et stimulent le système immunitaire, protection concevable contre les cancers de toutes sortes.

Les études épidémiologiques des survivants d'Hiroshima et de Nagasaki ont été interprétées dans les deux sens : la démonstration et la réfutation de l' hormèse. Mais parce que les règlementations sur les rayonnement supposent qu'il n'y a pas de niveau sécuritaire, les tests des essais cliniques sur les thérapies à faible dose auraient été impossible de mener.


Une expérience, cependant, a eu lieu par inadvertance, il y a trois décennies à Taiwan après qu'environ 200 bâtiments abritant 10.000 personnes ont été construits à partir d'acier contaminé avec du cobalt radioactif. Au fil des ans, les résidents ont été exposés à une dose moyenne d'environ 10,5 millisieverts par an, soit plus du double de la moyenne estimée pour Fukushima.

Pourtant, une étude en 2006 a révélé moins de cas de cancer par rapport à la population en général: 95, quand 115 étaient attendus.

Ni le résumé de la communication, ni d'une deuxième publiée deux ans plus tard, ne mentionne la diminution globale. (Les auteurs ont supposé que les habitants des appartements ont peut-être été en meilleure santé que la population en général.) L'accent a plutôt été mis sur les résultats les plus faibles suggérant quelques leucémie et des cancers du sein en excès - et sur une analyse des données montrant un global risque accru de cancer pour les résidents exposés avant 30 ans.

Plus récemment, une étude sur le radon par un scientifique, Johns Hopkins, suggèrait que les personnes vivant avec des concentrations plus élevées de gaz radioactifs avaient des taux inférieurs de cancer du poumon. Si oui, alors les propriétaires qui investissent dans l'atténuation du radon pour satisfaire aux normes fédérales de sécurité augmentent peut être légèrement leur risque de cancer. Ces résultats et d'autres semblables ont également été contestés.

Toutes les recherches de ce genre sont tourmentées par des «facteurs de confusion» - c'est à dire des différences entre les populations qui doivent être prises en compte. Certains sont assez faciles à éviter (les personnes âgées et les fumeurs naturellement contractent plus de cancer), mais il y a toujours une marge de d'erreur statistique. Comme tant de questions, ce qui devrait être un argument scientifique devient rhétorique, avec opposition de groupes d'intérêt qui cherchent les données avec juste le bon strabisme en fonction de leurs besoins.

Il n'est plus ici question d'ergoter sur des actes irréversibles, comme l'évacuation de Fukushima. La peur des radiations, même diluées à des doses homéopathiques, conduit les gens à renoncer aux tests de diagnostic et aux radiothérapies.

Nous avons du mal à peser correctement les risques, nous les humains, et nous vivons dans un monde d'incertitude continuelle. En essayant d'éviter les horreurs que nous imaginons, nous risquons d'en créer de bien réelles.

vendredi 31 août 2012

“Nucléaire : qui a changé d’avis ?”

Bonjour

Pour information, voici un article en anglais (traduit ci dessous) qui fait le point sur les
écologistes pro-nucléaires ayant changé d'avis dans un sens ou dans
l'autre :

http://bravenewclimate.com/2011/04/15/who-has-changed-their-mind/

Cet article est intéressant et montre qu'en prenant un peu de recul et
en regardant les choses sur 10 ans, même après l'accident de Fukushima,
on ne trouve pas ou très peu de cas de personnalités ou de mouvements
pro-nucléaires dans le monde qui seraient devenus anti-nucléaires, à
l'exception peut-être d'Angela Merkel.

Tandis que dans le même temps plusieurs dizaines de personnalités
anciennement opposées sont devenues sont devenus favorables au
nucléaire - notamment pour des raisons écologiques et climatiques.

Ce sont donc bien les écologistes pour le nucléaire représentés par
l'AEPN qui ont le vent en poupe et non Greenpeace.

Le développement de l'écologie pro-nucléaire se poursuit en ayant été
peu affecté par l'accident de Fukushima.

Rappel historique : l'AEPN a été créée en 1996 après la publication en
1995 du livre "Un écologiste Pour le nucléaire". Ce livre a été republié
ensuite sous le titre "Le nucléaire avenir de l'écologie?" en 1996 puis
"Environmentalists For Nuclear Energy" avec une préface de James
Lovelock en 2000.

Il s'en est suivi une longue chaine de conversions d'anti-nucléaires
devenus pro-nucléaires, au premier rang desquels figure en 2004
l'archevêque de Birmingham Hugh Montefiore (également membre de l'AEPN,
décédé en 2005) qui fut l'une des principales figures historiques de
Friends of the Earth dans le monde. En 2005, l'AEPN fait alors basculer
Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace en 1971 (dont il fut ensuite le
directeur international durant 9 ans), bientôt suivi par une chaine
(Stewart Brand, Stephen Tindale...) qui est assez bien décrite dans cet
article.

George Monbiot, journaliste et écologiste très médiatique en
Grande-Bretagne (comparable à Nicolas Hulot en France) a également
changé d'avis après plusieurs discussions et débats publics avec l'AEPN
au fil des années. Son basculement résulte notamment de plusieurs longues
discussions sur les antennes de la BBC à partir de 2004.

Certains hésitent encore à s'afficher clairement pro-nucléaires pour des
raisons médiatiques même lorsqu'ils le sont devenus à titre personnel
sur le fond (cas de Nicolas Hulot en France ou d'Eamon Ryan en Irlande),
tandis que d'autres n'hésitent plus à parler ouvertement des avantages
écologiques de l'énergie nucléaire comme Jean-Marc Jancovici, ou le Dr
Jean-Louis Etienne en France.

Ce qui est intéressant c'est que cette longue chaine des personnalités
autrefois anti-nucléaires devenues pro-nucléaires ne se retrouve pas
dans l'autre sens : on ne trouve pas ou peu d'exemples de personnalités
pro-nucléaires devenus anti-nucléaires.

Même après l'accident de Fukushima, en France comme à l'étranger, on ne
trouve en effet pas de liste équivalente de pro-nucléaires devenus
anti-nucléaires, hormis le cas d'Angela Merkel dont le changement d'avis
semble plus obéir à des impératifs politiques pour tenter d'éviter (en
vain) le basculement d'un lander allemand à un moment critique, plus
qu'à un véritable changement d'avis de l'intéressée sur le fond.

Bien amicalement, avec mes salutations les plus écologiques.

Bruno Comby
President de l'AEPN
----------

Complément en janvier 2013 : A noter la sortie de film  "Pandora's promise" par un converti : Robert Stone, commenté dans l'article ici 

----------
Complément en janvier 2016 - À noter :

"Brice Lalonde à Lille: «J’appelle les écologistes à tenir compte du nucléaire contre le charbon!»"


----------
Complément en décembre 2017:
----------
Complément en mars 2018 :
A noter le revirement complet de l'écologiste Brice Lalonde qui est passé de très sceptique à très pro-nucléaire car sinon c'est l'échec climatique assuré.

Complément en juin 2018

"Les Verts finlandais ne sont plus" dogmatiques "à propos de l'énergie nucléaire"

Complément en mars 2021

Francois de Rugy :

Complément en avril 2021 :
The Edge, guitariste du groupe de rock U2 :

Complément en septembre 2021 :
Philippe Val :

________________________________________________________________________________
http://bravenewclimate.com/2011/04/15/who-has-changed-their-mind/
Texte traduit par Google en Francais (une demande d'autorisation lui a été postée):
"Aujourd'hui, je parlais à un collègue à propos de Fukushima et ses conséquences sur les attitudes du public à propos du nucléaire comme un moyen d'atténuer les changements climatiques.
Quand je lui ai parlé du journaliste George Monbiot auteur d’une enquête récente sur les revendications anti-nucléaire, il a répondu en demandant : bon, bien sûr, c'est une seule personne, mais à l'inverse, combien d’écologistes pro nucléaires sont devenus antinucléaires suite à Fukushima?

George Monbiot – anti puis pro-nucléaire
Eh bien, c'est effectivement une bonne question, et je n’en connais vraiment pas la réponse. Vous pouvez peut-être m’aider ? (voir ci-dessous pour mon esquisse préliminaire). Ce que je voudrais faire c'est lister ce qui suit :
– Éminents défenseurs pro nucléaires qui sont par la suite devenus anti-nucléaire
– Personnalités antinucléaires qui ont changé d'idée et basculé en faveur de l'énergie nucléaire
Les deux ci-dessus sont des choix binaires, mais il existe d’autres changements d'attitude (plus tempérées) possibles qui seraient également utile d'envisager :
– Antinucléaires à neutre (ou neutre à anti-)
– Pro nucléaires à neutre (ou neutre à pro-) et finalement…
– Les gens qui autrefois ont déclaré « nous pouvons remplacer les combustibles fossiles par 100 % d'énergie renouvelable », mais qui par la suite ont changé d'idée après en avoir évalué la difficulté
Le plus grand groupe de personnes représente certainement ceux qui n'ont pas changé d’avis sur cette question (ou du moins pas depuis longtemps), et il n'existe probablement pas beaucoup de points le justifiant.
Voici quelques exemples évidents : Bruno Comby (un écologiste pro nucléaire) et Helen Caldicott (perpétuellement anti-nucléaire). De plus, de ce que j’en sais, aucun groupe écologiste important (les amis de la terre, Greenpeace, World Wildlife Fund, les écologistes pour l'énergie nucléaire, etc.) ne semble avoir changé de position, mais si vous en connaissez certains qui l’ont fait, alors ils devraient y figurer également.
OK, pour résoudre cette question , nous avons besoin de définir certaines limites, voici ce que je propose :
1. Les personnes concernées devraient être importantes et (relativement) indépendantes (p. ex., publics intellectuels et scientifiques, écologistes bien connus, hommes politiques, célébrités etc..). Par « indépendant », je veux dire ceux qui n’ont pas clairement un intérêt financier à prendre une quelconque position particulière (bien sûr, je reconnais que tout le monde a un intérêt quelque part).
2.Le changement de position doit être en quelque sorte vérifiable (par exemple, par un peu de recherche sur internet, avec des liens vers les éléments de preuve fournis). C'est pourquoi j'ai choisi de mettre l'accent sur des personnalités publiques — seule « série statistique » avec lequel un tel exercice est possible. Mon intention ici n’est pas de minimiser l'importance des décisions du grand public, ou ceux qui ont travaillé « en coulisse » sur les questions environnementales depuis de nombreuses années, Je suis tout simplement pragmatique sur ce qui peut ou non être démontré.

Angela Merkel - neutre à antinucléaire
3. Il convient d'établir le moment de ce changement d'attitude. La décision de changer a t elle été influencée par un événement particulier (comme la crise de Fukushima), ou ont-ils peut-être bougé progressivement. Il serait également intéressant de noter tout ceux qui ont fait un va et vient sur la question (p. ex., anti puis pro puis anti encore une fois, en réponse à des événements).
Si vous pensez que j'ai raté des cas importants , dites le moi.
Lançons nous dans cet exercice : je vais vous lister quelques personnes qui s'inscrivent dans certaines de ces catégories (Edit : la liste commence à être mis à jour grâce aux commentaires):
– Pro-anti-: Ian Lowe (écologiste australien, revendications, il a fait ce changement dans les années 1970), Ted Taylor (concepteur d'armes nucléaires, 1966)
– Neutre à anti-: Angela Merkel (politicien allemand, 2011) ; John Quiggin (économiste, 2011)
– Anti-pro-: George Monbiot (journaliste environnementale, anti-neutre en 2009, pro-en 2011) ; Mark Lynas (auteur de « Six Degrees », 2008) ; Stewart Brand (auteur de « Whole Earth Catalog », 2005) ; Dick Smith (Entrepreneur australien, 2011) ; Ben Heard (éco-Conseiller, 2010) ; Patrick Moore (co-fondateur de Greenpeace, 2003) ; Stephen Tindale (ancien directeur de Greenpeace, 2009) ; Chris Smith (président de l'Agence de l'environnement, 2009) ; Chris Goodall (Militant du Parti vert et candidat potentiel aux parlementaire, 2009) ; Gwyneth Cravens (auteur, 2007) ; Hugh Montefiore (des fondateurs des amis de la terre, 2004) ; Chicco Testa (Politicien italien, 2008) ; Ian McEwan (auteur, 2010) ; Steve Kirsch (Entrepreneur de U.S., 2008) ; Tony Blair (UK ancien PM, 2006) ; Al Franken (Hôte sénateur démocrate et les médias, 2011)
– Neutre à pro-: James Lovelock (théorie de Gaia, 2004) ; Bob Hawke (ancien premier ministre australien, 2008) ; Bob Carr (ancien NSW Premier, 2008) ; Jared Diamond (chercheur et auteur, 2005) ; Jesse Jenkins, Michael Shellenberger & Ted Nordhaus (2008-2010 Breakthrough Institut [était anti-, avant 2000, puis neutre de 2004 à 2008])
– « Peuvent être considérés comme passé de 100 % énergies renouvelables » à « nucléaire nécessaire »: ; Jim Hansen (climatologue, 2008) ; Barry Brook (biologiste et modélisateur de risque, 2009), David Mackay (physicien,peut-être, 2008) ; Jeffrey Sachs (économiste, 2009)
– Anti - neutre: Chris Huhne (Ministre de l'énergie de GB Lib Dem, 2010) ; Paul Ehrlich (biologiste de la conservation, 2010)
– Versatile: Tim Flannery (écologiste et auteur, 2006-2011)
Bon, c’est à vous. Veuillez fournir vos exemples à ajouter à ma liste dans les commentaires ci-dessous (ou à corriger) et également essayez de remplir les autres catégories. Comme ces ralliements sont vérifiés, je vais mettre à jour ce post afin de refléter les nouvelles informations.
J'ajouterai également d’autres exemples ci-dessous, si j'ai le temps de les rechercher. Notez que la liste courte initiale que j'ai fourni plus haut n'est pas destiné (à ce stade) à « prouver » que plusieurs ont passé d'anti à pro plutot que l'inverse, ce sont des gens dont je suis (actuellement) plus familier.
Avec un peu d'effort, nous devrions être en mesure d’aboutir à un échantillon complet et représentatif. (Ce qui est peut-être suffisant pour faire quelques analyses intéressantes sur le sujet) Je me réjouis de ce que nous pourrons produire, ensemble. Pour moi, c'est une question très intéressante pour tenter de répondre, parce qu'elle fournira un aperçu de ce qui nfluence les attitudes des gens sur cette question très importante de l’énergie et du climat."

lundi 21 février 2011

Le nuage de Tchernobyl en France et en Eurasie : la vérité des faits

Le nuage de Tchernobyl : la video ici !

Dès la mi-mai 1986, les taux de radioactivité dans l'environnement ont considérablement chuté (c'est pourquoi cette vidéo d'animation s'arrête au 9 mai).


En effet l'incendie du réacteur (qui était à l'origine des rejets) avait cessé d'une part, et d'autre part le principal élément radioactif rejeté dans l'environnement, l'iode 131 a une demi-vie de 8 jours seulement, et il s'était alors en grande partie déjà décomposé.

Ces informations sont parfaitement cohérentes avec les déclarations faites en son temps par le Pr Pierre PELLERIN qui avait annoncé l'arrivée du nuage radioactif en France dès le 30 avril en rédigeant et en envoyant à la presse le jour-même un communiqué de presse informant les journalistes de l'arrivée du nuage, en précisant ensuite jour après jour les jours suivants la valeur des chiffres de contamination dans chaque région aussi bien aux autorités de notre pays qu'à la presse.


Ceci était possible car le Professeur PELLERIN avait fait installer sur tout le territoire français, dans chaque département, un réseau de balises de mesures permettant de surveiller la radioactivité dans l'environnement (pas seulement sur les sites nucléaires), ce qui n'existait à l'époque qu'en France.


Compte tenu des délais de publication (les journaux ne paraissant pas le 1er mai) cette information annonçant l'arrivée du nuage radioactif sur notre pays a été publiée dès le le 2 mai 1986.

Désinformation

Voir par exemple à ce sujet l'article de Libération du 2 mai 1986 qui publie l'information envoyée par le Pr PELLERIN, en y consacrant seulement un petit paragraphe (que peu de lecteurs auront remarqué) en pages intérieures : http://www.ecolo.org/documents/documents_in_french/Tch-libe-PP-augm-2-5-86.jpg

Dix jours plus tard, le 12 mai 1986, exactement le même journal (Libération) que celui qui avait publié le 2 mai l'annonce de l'arrivée du nuage sur la France (contrairement à ce qu'il prétend le 12 mai) se contredit alors en écrivant l'inverse, prétendant que les autorités françaises auraient menti en dissimulant jusque là l'arrivée du nuage sur la France.

Voir l'annonce du mensonge (c'est la première fois qu'on voit apparaître le mot "mensonge") :

voir : http://www.ecolo.org/documents/documents_in_french/Tch-libe-mensong-12-5-86.jpg
Cette fois cet article, retentissant, beaucoup plus long, fait la "UNE" de la couverture de LIBERATION avec le titre-choc "LE MENSONGE RADIOACTIF" s'étalant en grands caractères en travers de la couverture du journal.

Ce "mensonge" (des journalistes) est devenu célèbre, mais en l'imputant au Pr PELLERIN (qui avait pourtant dit la vérité) à tel point que ce fameux "MENSONGE" (faussement attribué au Pr PELLERIN) fait encore l'objet aujourd'hui de nombreuses citations et couvertures de magazines 15 ans plus tard.


Autres sources :




http://ecolo.org/letters/letters.in.french/JBOURD.M612_02.htm
Extrait :
* doses reçues suite à l'accident de Tchernobyl en milisievert (mSv) : 0,6 en Grèce suivie de l’Allemagne (0,4) et de l’Italie, en 9 e position : la France avec 0,09 (mais des zones à 0,17), alors que nous subissons chaque année une dose moyenne de 3,4, et qu’une radiographie dentaire apporte 0,2, une radio pulmonaire 1, un scanner abdominal 15 par coupe, un an à 2000 m d’altitude 1,5, la dose létale étant de 4000 mSv (à condition que cette dose soit reçue en un temps très court).

vendredi 12 septembre 2008

Tchernobyl : un contre-exemple qui n'est pas inéluctable



L'accident de Tchernobyl est le principal motif d'hésitation quant à la place que le nucléaire devra prendre dans les 50 prochaines années.

C'est pourquoi la compréhension de sa genèse (cf. l'article ci dessous rapporté du témoignage publié sur le blog de Libération) est précieuse pour que le "Plus jamais çà" ne soit pas un vain mot.

Si ses effets ont été dramatiques, c'est moins la technologie nucléaire qui est en cause que l'incurie des autorités, l'obsolescence des choix technologiques et l'exigence qui en découlait auprès des ingénieurs, ne souffrant pas la maladresse dramatique qui a été constatée.
Le lancement d'une opération strictement interdite, au pire moment à fait le reste.

A ce titre, la vivacité de la démocratie des pays nucléarisés et leur solvabilité est un outil précieux pour respecter la vie humaine dans les choix politiques.

Indépendamment des débats sur ses conséquences réelles en souffrances humaines, ce gravissime précédent devrait avoir vacciné les autorités de la planète contre la politique de l'autruche en cas de crise.

C'est pourquoi, tout comme pour la Shoah, il vaut mieux en parler au grand jour que de faire silence.

Le grand public est-il capable de nuance ? mettons le débat sur la table !

Est-il en mesure de comprendre qu'on ne jette pas le bébé avec l'eau du bain ? que accident ne rime pas avec inéluctable ?

Chaque victime doit être vécue comme notre propre parent. Chaque mort comme notre principale préoccupation.
Peut-être que chaque concepteur du CEA, de Areva, devrait envoyer son enfant en stage dans une centrale. Cela serait davantage dissuasif afin qu'il ne transige pas sur les critères de sécurité pour des raisons financières ?
Plus généralement, a-t-on le droit d'un point de vue moral de relativiser ce risque et les souffrances induites, ? politiquement incorrect ?
Les quelques milliers de morts et centaines de milliers de victimes sont une conséquence dramatique qui n'aurait pas du se produire dans cette proportion. Mais combien de millions de morts dus au pétrole et au charbon ?!
Quand on sait que 80% des guerres sont dues aux ressources naturelles (qui sait que l'archiduc de Sarajevo et les alliances européennes sont moins la cause de la 1ère guerre mondiale, que l'un des mobiles sous-jacents : la volonté de faire main basse sur le charbon et l'acier de la Ruhr ?
Combien de décès dans les mines ? etc...
- "Pas grave, ils ne sont pas des notres, alors que l'atome pourrait tous ne menacer..." répondra le cynique.

Effectivement le nucléaire n'a pas l'avantage de la décentralisation et de l'autonomie, gage de dispertion du risque géopolitique.

Mais au vu des choix quotidiens de nos concitoyens, force est de constater que nous ne voulons pas de coupures, ni collectivement renoncer au confort de prendre notre voiture dont le pétrole nous est si précieux, ni nombreux à vouloir investir 1000 ou 50 000 euros pour rendre notre maison productrice d'énergie.

Alors veut-on passer par un état directif qui passera en force sur des décisions autoritaires d'économie d'énergie ? Loin s'en faut.

Alors assumons nos choix : payons-en le prix et acceptons d'attendre la révolution énergétique en passant par une nucléarisation transitoire et partielle de notre énergie, adossée au stockage inévitable de ses déchets, en parallèle de la montée des énergies renouvelables.
Sans compter que ces choix d'investissements pourraient permettre de progresser vers des technologies nucléaires sûres et économes en matières premières, et éviter la prolifération.

L'intermittence et la faible productivité du solaire / éolien imposent pour l'instant de trouver des énergies de subsitution aux énergies fossiles carbonées.

Demain, la rentabilité et la capacité de stockage (air comprimé, hydrogène, hydraulique,...) permettra (vite ! ca urge !) de se passer progressivement d'un intense approvisionnement en uranium.

_________________________________________________________________________________________________

Après cette longue introduction rectracant un avis personnel, voici le témoignage édifiant qui illustre bien les limites de la fiabilité humaine :


Témoignage

"Voici un texte publié dans le livre culte de Svetlana Alexievitch, La Supplication. Je remercie
l'auteure de m'avoir autorisé à reproduire son texte. Elle avait longuement interrogé Vassili Borissovitch Nesterenko, ancien directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie.

Monologue sur le pouvoir démesuré d'un homme sur un autre

« Je ne suis pas un homme de plume, je suis physicien. Voilà pourquoi je me bornerai à parler de faits.

Pour Tchernobyl, il faudra bien répondre un jour... Le temps viendra où il faudra payer... Comme pour 1937. Même si ce n'est que dans cinquante ans! Même s'ils sont vieux! Même s'ils sont morts! Ce sont des criminels! (Un silence.) Il faut préserver les faits... On les réclamera !

Ce jour-là, le 26 avril, j'étais à Moscou. En mission. C'est là que j'ai appris pour la catastrophe. J'ai aussitôt appelé Sliounkov, le premier secrétaire du Comité central de Biélorussie, à Minsk, mais on ne me l'a pas passé. J'ai renouvelé l'appel à plusieurs reprises, jusqu'à tomber sur l'un de ses assistants qui me connaissait très bien.

- Je téléphone de Moscou. Passez-moi Sliounkov ! J'ai des informations urgentes. Au sujet de l'accident...J'appelais sur une ligne gouvernementale, mais l'affaire était déjà strictement confidentielle. Dès que j'ai mentionné l'accident, la liaison a été coupée. Bien sûr, tout était écouté. Inutile de préciser par qui. Les organes concernés. L'Etat dans l'Etat. Et le fait que moi, le directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie, membre correspondant de l'Académie des sciences, jevoulais parler au premier secrétaire du Comité central n'y changeait rien. Le secret s'étendait à moi aussi. Il me fallut batailler pendant deux heures pour que Sliounkov daigne enfin se saisir du combiné.

- C'est un grave accident. Selon mes calculs, (j'avais déjà pu contacter un certain nombre de personnes à Moscou et obtenir des informations), le nuage radioactif avance vers vous. Vers la Biélorussie. Il faut immédiatement traiter préventivement à l'iode toute la population et évacuer ceux qui vivent à proximité de la centrale. Il faut évacuer les gens et le bétail dans un rayon de cent kilomètres.

- On m'a déjà fait un rapport, m'a répondu Sliounkov. Il y a bien eu un incendie, mais il a été maîtrisé.Je n'ai pas pu me retenir.

- On vous trompe ! C'est un mensonge. N'importe quel physicien vous dira que le graphite se consume à raison de cinq tonnes à l'heure. Vous pouvez déterminer vous-même combien de temps il va brûler !J'ai pris le premier train pour Minsk. Après une nuit sans sommeil, au matin, j'étais chez moi. J'ai mesuré la thyroïde de mon fils : cent quatre-vingts microröntgens à l'heure ! La thyroïde est un parfait dosimètre. Il fallait de l'iode. De l'iode ordinaire. Deux à trois gouttes pour les enfants dans un demi-verre d'eau. Trois à quatre gouttes pour les adultes. Le réacteur allait brûler pendant dix jours, il fallait faire ce traitement pendant dix jours. Mais personne ne nous écoutait, nous autres, lesscientifiques, les médecins. La science a été entraînée dans la politique... La médecine, dans la politique. Et comment donc! Il ne faut pas oublier dans quelle situation nous nous trouvions, il y a dix ans. Le K.G.B. fonctionnait, on brouillait les radios occidentales. Il y avait des milliers de tabous, de secrets militaires, de secrets du parti... De plus, nous avions été élevés dans l'idée que l'atome pacifiquesoviétique n'était pas plus dangereux que le charbon ou la tourbe. Nous étions paralysés par la peur et les préjugés. Par la superstition de la foi... Mais restons-en aux faits ! Rien qu'aux faits...Dès mon retour, le 27 avril, j'ai décidé d'aller constater par moi-même la situation dans la région de Gomel, à la frontière ukrainienne, dans les chefs-lieux de district de Braguine, Khoïniki et Narovlia qui se trouvent à quelques dizaines de kilomètres à peine de la centrale. J'avais besoin d'une information complète. J'ai emporté des instruments pour mesurer le fond. À Braguine : trente mille microröntgens à l'heure; à Narovlia: vingt-huit mille... Les gens travaillaient la terre, préparaient la fête de Pâques, peignaient des oeufs, faisaient des gâteaux...

- Quelle radiation ? De quoi s'agit-il ? Il n'y a eu aucun ordre. La direction demande des rapports surl'avancement et le rythme des semailles.On me prenait pour un fou.

- De quoi parlez-vous, professeur ?" Röntgens, microröntgens... Un langage d'extraterrestre...Retour à Minsk. Sur l'avenue principale, on vendait des pirojki farcis à la viande hachée, des glaces, des petits pains. Sous le nuage radioactif... Le 29 avril. Je m'en souviens avec exactitude... À huit heures du matin, j'attendais déjà dans l'antichambre de Sliounkov. Même si j'insistais, faisais du forcing, personne n'acceptait de me recevoir. À cinq heures et demie du soir, un célèbre poète biélorusse est sorti du bureau de Sliounkov. Nous nous connaissions bien.

- Avec le camarade Sliounkov, me dit-il, nous avons abordé les problèmes de la culture biélorusse.J'explosai :

- Mais bientôt, il n'y aura plus personne pour développer cette culture. Il n'y aura plus de lecteurs pour vos livres, si nous n'évacuons pas d'urgence les environs de Tchernobyl. Si nous ne les sauvons pas !

- Mais de quoi parlez-vous? On m'a dit que l'incendie a déjà été éteint.Je suis finalement parvenu à me frayer un chemin jusqu'à Sliounkov et à lui décrire le tableau que j'avais vu la veille. Il fallait sauver tous ces gens ! En Ukraine (j'avais téléphoné), l'évacuation avait déjà commencé...

- Pourquoi est-ce que les dosimétristes de votre Institut courent partout dans la ville en semant la panique ? me demande-t-il. J'ai consulté l'académicien Iliné, à Moscou. Selon ses services, tout est normal, ici... Une commission gouvernementale est au travail, là-bas. Et le parquet. L'armée, les moyens techniques militaires sont déjà sur place pour colmater la brèche.Des milliers de tonnes de césium, d'iode, de plomb, de zirconium, de cadmium, de béryllium, de bore et une quantité inconnue de plutonium (dans les réacteurs de type RBMK à uranium-graphite du genre de Tchernobyl, on enrichissait du plutonium militaire qui servait à la production des bombes atomiques) étaient déjà retombées sur notre terre. Au total, quatre cent cinquante types de radionucléides différents. Leur quantité était égale à trois cent cinquante bombes de Hiroshima. Il fallait parlerde physique, des lois de la physique. Et eux, ils parlaient d'ennemis. Ils cherchaient des ennemis !Tôt ou tard, ils auront à répondre de cela.

- Vous allez vous justifier, disais-je à Sliounkov, en prétendant que vous êtes un constructeur de tracteurs (il avait dirigé une usine de tracteurs avant de faire carrière dans le parti) et que vous ne comprenez rien à la radiation. Mais moi, je suis physicien et j'ai une bonne connaissance des conséquences de la catastrophe.Mais comment ? Un physicien quelconque osait donner des leçons au Comité central ? Non, ce n'étaient pas des criminels, mais des ignorants. Un complot de l'ignorance et du corporatisme. Le principe de leur vie, à l'école des apparatchiks: ne pas sortir le nez dehors. On devait justement promouvoir Sliounkov à un poste important, à Moscou. C'était cela. Je pense qu'il a dû recevoir un coup de fil du Kremlin, de Gorbatchev: Surtout pas de vagues, ne semez pas la panique, il y a déjà assez de bruit autour de cela en Occident. Les règles du jeu étaient simples: si vous ne répondez pas aux exigences de vos supérieurs, vous ne serez pas promu, on ne vous accordera pas le séjour souhaité dans une villégiature privilégiée ou la datcha que vous voulez ... Si nous étions restés dans un système· fermé, derrière le rideau de fer, les gens seraient demeurés à proximité immédiate de la centrale. On y aurait créé une région secrète, comme à Kychtyrn ou Semipalatinsk1. Nous sommes dans un pays stalinien. Il est encore stalinien à ce jour...Dans les instructions de sécurité nucléaire, on prescrit la distribution préventive de doses d'iode pour l'ensemble de la population en cas de menace d’accident ou 1 En 1957, un accident nucléaire (une explosion chimique dans une cuve contenant des déchets radioactifs) se produisit dans la ville secrète de Tcheliabinsk-40, près de la localité de Kychtym, dans l'Oural, contaminant une zone de plus de mille kilomètres carrés. C'est notamment à Semipalatinsk, au Kazakhstan, qu'étaient testées les bombes nucléaires et thermonucléaires soviétiques. (N.d.T.) d'attaque atomique. En cas de menace ! Et là, trois mille microröntgens à l'heure... Mais les responsables ne se faisaient pas du souci pour les gens, ils s'en faisaient pour leur pouvoir. Nous vivons dans un pays de pouvoir et non un pays d'êtres humains. L'État bénéficie d'une priorité absolue. Et la valeur de la vie humaine est réduite à zéro. On aurait pourtant bien pu trouver des moyens d'agir ! Sans rien annoncer et sans semer la panique... Simplement en introduisant des préparations à l'iode dans les réservoirs d'eau potable, en les ajoutant dans le lait. Les gens auraient peut-être senti que l'eau et le lait avaient un goût légèrement différent, mais cela se serait arrêté là. La ville était en possession de sept cents kilogrammes de ces préparations qui sont restées dans les entrepôts... Nos responsables avaient plus peur de la colère de leurs supérieurs que de l'atome. Chacun attendait un coup de fil, un ordre, mais n'entreprenait rien de lui-même. Moi, j'avais toujours un dosimètre dans ma serviette. Lorsqu'on ne me laissait pas entrer quelque part (les grands chefs finissaient par en avoir marre de moi !), j'apposais le dosimètre sur la thyroïde des secrétaires ou des membres du personnel qui attendaient dans l'antichambre. Ils s'effrayaient et, parfois, ils me laissaient entrer.

- Mais à quoi bon ces crises d'hystérie, professeur? me disait-on alors. Vous n'êtes pas le seul à prendre soin du peuple biélorusse. De toute manière, l'homme doit bien mourir de quelque chose: le tabac, les accidents de la route, le suicide.Ils se moquaient des Ukrainiens qui "se traînaient à genoux" au Kremlin en quémandant de l'argent, des médicaments, des dosimètres (dont on ne disposait pas en quantité suffisante). Notre Sliounkov, lui, s'est borné à faire un bref rapport: "Tout est normal. Nous surmonterons les problèmes par nos propres moyens." On le félicita: "Bravo, les petits frères biélorusses !"Mais combien de vies ont-elles coûté, ces félicitations ? Je sais bien que les chefs, eux, prenaient de l'iode. Lorsque les gars de notre Institut les examinaient, ils avaient tous la thyroïde en parfait état. Cela n'est pas possible sans iode. Et ils ont envoyé leurs enfants bien loin, en catimini. Lorsqu'ils se rendaient en inspection dans les régions contaminées, ils portaient des masques et des vêtements de protection. Tout ce dont les autres ne disposaient pas. Et aujourd'hui on sait même qu'un troupeau de vaches spécial paissait aux environs de Minsk. Chaque animal était numéroté et affecté à une famille donnée. À titre personnel. Il y avait aussi des terres spéciales, des serres spéciales... Un contrôle spécial... C'est le plus dégoûtant... (Après un silence.) Et personne n'a encore répondu de cela...Lorsque l'on a cessé de me recevoir et de m'écouter, je les ai inondés de lettres et de rapports. J'envoyais des cartes, des chiffres à toutes les instances. J'ai constitué un dossier: quatre chemises de deux cent cinquante feuilles chacune. Des faits, rien que des faits. J'en ai pris une copie. Je gardais l'un des deux exemplaires au bureau et cachais l'autre à la maison. C'est ma femme qui s'en est chargée. Pourquoi cette copie ? Nous vivons dans un pays bien particulier... Je fermais toujours personnellement mon bureau. Au retour d'une mission, mes dossiers avaient disparu... Mais j'ai grandi en Ukraine. Mes ancêtres étaient des Cosaques. J'ai le caractère cosaque. J'ai continué d'écrire. De faire des conférences. Il fallait sauver les gens. Les évacuer d'urgence ! Nous avons multiplié nos missions d'enquête. Notre Institut a dressé la première carte des régions contaminées... Tout le sud de la république. Mais tout cela, c'est déjà de l'histoire... L'histoire d'un crime !L'Institut s'est vu confisquer - sans explication - tous les appareils destinés au contrôle des radiations. On me téléphonait à la maison, pour me menacer:

- Arrêtez de faire peur aux gens, professeur. Nous allons vous exiler dans des contrées éloignées. Vous ne devinez pas où ? Eh bien , vous avez la mémoirecourte. On exerçait aussi des pressions sur les employés de l'Institut. On les intimidait de lamême manière.J'ai écrit à Moscou ...Platonov, le président de notre Académie des sciences, m'a convoqué.

- Le peuple biélorusse se souviendra un jour de toi, car tu as beaucoup fait pour lui. Mais tu n'aurais pas dû écrire à Moscou. Tu n'aurais pas dû ! Maintenant, on exige que je te limoge. Pourquoi as-tu écrit? Ne comprends-tu pas à quoi tu t'attaques? J'avais des chiffres, des cartes. Et eux? Ils pouvaient m'interner en asile psychiatrique. En tout cas, ils m'ont menacé de le faire. Ils pouvaient organiser un accident de voiture. Ils m'ont prévenu de cela, aussi. Ils pouvaient également ouvrir une information judiciaire pour activités antisoviétiques. Ou pour escroquerie, par exemple, à cause d'une caisse de clous qui n'avait pas été enregistrée par l'économe de l'Institut.Une enquête a été ouverte... Et ils ont obtenu le résultat souhaité: j'ai été victime d'un infarctus... (Il se tait.)J'ai tout marqué. Tout est dans le dossier. Rien que des faits...Nous examinions les enfants dans les villages... Garçons et filles... Mille cinq cents, deux mille, trois mille microrëntgens... Plus de trois mille... Ces filles ne pourront jamais être mères. Elles ont des séquelles génétiques... Un tracteur labourait un champ. J'ai demandé au représentant du comité de district du parti, qui nous accompagnait:

- Le tractoriste est-il au moins protégé par un masque ?

- Non, ils travaillent sans.

- Pourquoi ? Vous n'en avez pas ?

- Pas du tout ! Nous en avons, en quantité suffisante au moins jusqu'à l'an deux mille. Mais nous ne les distribuons pas pour éviter la panique. Tout le monde s'enfuirait !

- Vous rendez-vous compte de ce que vous faites ?

- Bien sûr, pour vous c'est facile de discuter, professeur. Si on vous chasse de votre travail vous en trouverez un autre. Mais moi, où j'irais ?Vous vous rendez compte de l'étendue de ce pouvoir !Un pouvoir illimité d'une personne sur quelqu'un d'autre. Ce n'est plus de la tromperie. C'est une guerre. Une guerre contre des innocents !Nous avancions le long du Pripiat. Des familles entières y passaient leurs vacances, en camping. Les gens se baignaient, bronzaient. Ils ignoraient que, depuis quelques semaines, ils se prélassaient sous un nuage radioactif. Il nous était strictement interdit d'entrer en contact avec la population, mais j'ai vu des enfants... Je me suis approché pour leur parler. Les gens étaient perplexes: "Et pourquoi personne n'enparle, à la radio et à la télé ?" Notre accompagnateur se taisait. Nous étions toujours escortés par un représentant des autorités locales. C'étaient les ordres ... Je pouvais voir sur son visage le dilemme qui se posait à lui: cafarder ou ne pas cafarder ? Mais, en même temps je voyais qu'il avait pitié de ces gens. C'était tout de même un homme normal... Mais j'ignorais quel sentiment l'emporterait, à notre retour. Rapporterait-il ou non ? Chacun faisait son choix... (Il demeure silencieux).Que devons-nous faire aujourd'hui de cette vérité? S'il y avait une autre explosion, tout recommencerait. Nous sommes toujours un pays stalinien... Et l'homme stalinien vit toujours... »"