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jeudi 30 août 2018

Suite à la réponse forte d’EDF au rapport Pompili, remarques à propos du nouveau Ministre qui succédera à Nicolas Hulot


Chers amis du nucléaire propre et respectueux de l’environnement,

Tandis que l’on parle de la députée (ex-verte) Barbara Pompili comme successeur possible à Nicolas Hulot (parmi d’autres idéologues ex-EELV comme François de Rugy et Pascal Canfin), il est particulièrement important de prendre connaissance de la réponse claire et précise d’EDF (fichier PDF ci-dessous) au rapport parlementaire sur les questions énergétiques, rapport présidé, organisé et rédigé par Barbara Pompili il y à quelques mois seulement, en juin dernier.

Dans ce rapport EDF dénombre :

- 35 points factuellement faux

- 25 affirmations inexactes et non étayées

- 14 affirmations partielles induisant des interprétations fausses.

Et encore, il y en a tellement que tous les points sujets à discussion n’ont pas été relevés !

Soit au total plus de 80 inexactitudes et erreurs factuelles, s’appuyant le plus souvent sur des citations percutantes (mais fausses) de personnalités antinucléaires, sans qu’EDF ait pu ni y répondre, ni s’exprimer pour commenter ou mettre en perspective ces nombreuses inexactitudes, qui entachent ainsi très fortement la crédibilité de ce rapport pourtant parlementaire.

Dans le long passage (une trentaine de pages) consacré à la sûreté nucléaire, les affirmations péremptoires de personnalités antinucléaires y sont presque deux fois plus nombreuses que celles neutres et objectives des quelques intervenants officiels soumis à un devoir de neutralité et présentant donc (comme il se doit) à la fois les points positifs de la sûreté nucléaire en France et ceux restant à améliorer. Cette manière de procéder est biaisée par construction. Il va de soi que l’AEPN pourtant tout aussi voir plus représentative et compétente que d’autres associations participantes, n’a pas été invitée à donner son avis alors que de nombreuses associations antinucléaires étaient fort bien représentées.

L’impression générale que retient un non spécialiste de la lecture de ce rapport est donc fortement orientée et hélas bien éloignée de la réalité factuelle.

En bref ce rapport est gravement biaisé; idéologiquement biaisé et factuellement erroné sur de nombreux points.

Il est très grave que des députés, a fortiori un(e) futur(e) Ministre, travaillent dans un tel esprit dogmatique, faisant fi de toute objectivité.

Faut-il envisager de donner les rênes d’un Ministère important à un(e) député(e) qui travaille ainsi sans compétence technique dans le domaine concerné, en refusant d’écouter ou de laisser s’exprimer l’avis des industriels, des associations (sauf une seule tendance, la leur), et en écartant les experts compétents, en dépit de l’intérêt général, en se trompant de combat à la fois par incompétence et par idéologie ?

La question est posée. C’est Emmanuel Macron qui tranchera.

Il serait bien inspiré de choisir pour ce Ministère très important une personnalité techniquement compétente, car à ce poste, il faut comprendre ce qu’est un Hertz pour l’équilibrage du réseau ainsi que les puissances de 10 pour savoir compter les TWh dont la population a besoin et les gigatonnes de CO2 émis par le gaz naturel ou évités grâce au nucléaire (sans confondre kW et kWh). Et surtout pas une personnalité idéologique qui serait issue de Greenpeace, de la CriiRad ou des Verts, comme c’est le cas pour la quasi-totalité des noms actuellement cités par la presse. On nous propose le choix entre bonnet blanc et blanc bonnet (tous les noms cités sont idéologues et antinucléaires, en science on appelle cela un biais de sélection et c’est très grave), aucun n’est techniquement compétent.

Espérons qu’Emmanuel Macron ne tombera pas dans ce piège qui lui est tendu par les médias consistant à lui proposer de choisir, pour un ministère régalien, le troisième plus important du gouvernement dans l’ordre protocolaire actuel, entre trois incompétents de la même mouvance idéologique !

Le rôle primordial et exemplaire (grâce au nucléaire) que joue la France pour promouvoir l’avenir de l’écologie dans le monde mérite mieux que des idéologues.

L’énergie doit être propre. Et une énergie abondante et bon marché c’est aussi la clé du redressement économique.

Il s’agit d’un sujet plus que sérieux, c’est capital pour l’avenir. 

Bruno Comby

Président de l’AEPN

Association des Ecologistes Pour le Nucléaire 
https://www.ecolo.org

Réponse d'EDF :

http://www.ecolo.org/documents/documents_in_french/pompili-reponse-EDF-au-rapport-parlementaire-2018.pdf

Et le rapport est ici : 

http://www.ecolo.org/documents/documents_in_french/pompili-rapport-parlementaire-2018.pdf

vendredi 31 août 2012

“Nucléaire : qui a changé d’avis ?”

Bonjour

Pour information, voici un article en anglais (traduit ci dessous) qui fait le point sur les
écologistes pro-nucléaires ayant changé d'avis dans un sens ou dans
l'autre :

http://bravenewclimate.com/2011/04/15/who-has-changed-their-mind/

Cet article est intéressant et montre qu'en prenant un peu de recul et
en regardant les choses sur 10 ans, même après l'accident de Fukushima,
on ne trouve pas ou très peu de cas de personnalités ou de mouvements
pro-nucléaires dans le monde qui seraient devenus anti-nucléaires, à
l'exception peut-être d'Angela Merkel.

Tandis que dans le même temps plusieurs dizaines de personnalités
anciennement opposées sont devenues sont devenus favorables au
nucléaire - notamment pour des raisons écologiques et climatiques.

Ce sont donc bien les écologistes pour le nucléaire représentés par
l'AEPN qui ont le vent en poupe et non Greenpeace.

Le développement de l'écologie pro-nucléaire se poursuit en ayant été
peu affecté par l'accident de Fukushima.

Rappel historique : l'AEPN a été créée en 1996 après la publication en
1995 du livre "Un écologiste Pour le nucléaire". Ce livre a été republié
ensuite sous le titre "Le nucléaire avenir de l'écologie?" en 1996 puis
"Environmentalists For Nuclear Energy" avec une préface de James
Lovelock en 2000.

Il s'en est suivi une longue chaine de conversions d'anti-nucléaires
devenus pro-nucléaires, au premier rang desquels figure en 2004
l'archevêque de Birmingham Hugh Montefiore (également membre de l'AEPN,
décédé en 2005) qui fut l'une des principales figures historiques de
Friends of the Earth dans le monde. En 2005, l'AEPN fait alors basculer
Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace en 1971 (dont il fut ensuite le
directeur international durant 9 ans), bientôt suivi par une chaine
(Stewart Brand, Stephen Tindale...) qui est assez bien décrite dans cet
article.

George Monbiot, journaliste et écologiste très médiatique en
Grande-Bretagne (comparable à Nicolas Hulot en France) a également
changé d'avis après plusieurs discussions et débats publics avec l'AEPN
au fil des années. Son basculement résulte notamment de plusieurs longues
discussions sur les antennes de la BBC à partir de 2004.

Certains hésitent encore à s'afficher clairement pro-nucléaires pour des
raisons médiatiques même lorsqu'ils le sont devenus à titre personnel
sur le fond (cas de Nicolas Hulot en France ou d'Eamon Ryan en Irlande),
tandis que d'autres n'hésitent plus à parler ouvertement des avantages
écologiques de l'énergie nucléaire comme Jean-Marc Jancovici, ou le Dr
Jean-Louis Etienne en France.

Ce qui est intéressant c'est que cette longue chaine des personnalités
autrefois anti-nucléaires devenues pro-nucléaires ne se retrouve pas
dans l'autre sens : on ne trouve pas ou peu d'exemples de personnalités
pro-nucléaires devenus anti-nucléaires.

Même après l'accident de Fukushima, en France comme à l'étranger, on ne
trouve en effet pas de liste équivalente de pro-nucléaires devenus
anti-nucléaires, hormis le cas d'Angela Merkel dont le changement d'avis
semble plus obéir à des impératifs politiques pour tenter d'éviter (en
vain) le basculement d'un lander allemand à un moment critique, plus
qu'à un véritable changement d'avis de l'intéressée sur le fond.

Bien amicalement, avec mes salutations les plus écologiques.

Bruno Comby
President de l'AEPN
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Complément en janvier 2013 : A noter la sortie de film  "Pandora's promise" par un converti : Robert Stone, commenté dans l'article ici 

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Complément en janvier 2016 - À noter :

"Brice Lalonde à Lille: «J’appelle les écologistes à tenir compte du nucléaire contre le charbon!»"


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Complément en décembre 2017:
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Complément en mars 2018 :
A noter le revirement complet de l'écologiste Brice Lalonde qui est passé de très sceptique à très pro-nucléaire car sinon c'est l'échec climatique assuré.

Complément en juin 2018

"Les Verts finlandais ne sont plus" dogmatiques "à propos de l'énergie nucléaire"

Complément en mars 2021

Francois de Rugy :

Complément en avril 2021 :
The Edge, guitariste du groupe de rock U2 :

Complément en septembre 2021 :
Philippe Val :

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http://bravenewclimate.com/2011/04/15/who-has-changed-their-mind/
Texte traduit par Google en Francais (une demande d'autorisation lui a été postée):
"Aujourd'hui, je parlais à un collègue à propos de Fukushima et ses conséquences sur les attitudes du public à propos du nucléaire comme un moyen d'atténuer les changements climatiques.
Quand je lui ai parlé du journaliste George Monbiot auteur d’une enquête récente sur les revendications anti-nucléaire, il a répondu en demandant : bon, bien sûr, c'est une seule personne, mais à l'inverse, combien d’écologistes pro nucléaires sont devenus antinucléaires suite à Fukushima?

George Monbiot – anti puis pro-nucléaire
Eh bien, c'est effectivement une bonne question, et je n’en connais vraiment pas la réponse. Vous pouvez peut-être m’aider ? (voir ci-dessous pour mon esquisse préliminaire). Ce que je voudrais faire c'est lister ce qui suit :
– Éminents défenseurs pro nucléaires qui sont par la suite devenus anti-nucléaire
– Personnalités antinucléaires qui ont changé d'idée et basculé en faveur de l'énergie nucléaire
Les deux ci-dessus sont des choix binaires, mais il existe d’autres changements d'attitude (plus tempérées) possibles qui seraient également utile d'envisager :
– Antinucléaires à neutre (ou neutre à anti-)
– Pro nucléaires à neutre (ou neutre à pro-) et finalement…
– Les gens qui autrefois ont déclaré « nous pouvons remplacer les combustibles fossiles par 100 % d'énergie renouvelable », mais qui par la suite ont changé d'idée après en avoir évalué la difficulté
Le plus grand groupe de personnes représente certainement ceux qui n'ont pas changé d’avis sur cette question (ou du moins pas depuis longtemps), et il n'existe probablement pas beaucoup de points le justifiant.
Voici quelques exemples évidents : Bruno Comby (un écologiste pro nucléaire) et Helen Caldicott (perpétuellement anti-nucléaire). De plus, de ce que j’en sais, aucun groupe écologiste important (les amis de la terre, Greenpeace, World Wildlife Fund, les écologistes pour l'énergie nucléaire, etc.) ne semble avoir changé de position, mais si vous en connaissez certains qui l’ont fait, alors ils devraient y figurer également.
OK, pour résoudre cette question , nous avons besoin de définir certaines limites, voici ce que je propose :
1. Les personnes concernées devraient être importantes et (relativement) indépendantes (p. ex., publics intellectuels et scientifiques, écologistes bien connus, hommes politiques, célébrités etc..). Par « indépendant », je veux dire ceux qui n’ont pas clairement un intérêt financier à prendre une quelconque position particulière (bien sûr, je reconnais que tout le monde a un intérêt quelque part).
2.Le changement de position doit être en quelque sorte vérifiable (par exemple, par un peu de recherche sur internet, avec des liens vers les éléments de preuve fournis). C'est pourquoi j'ai choisi de mettre l'accent sur des personnalités publiques — seule « série statistique » avec lequel un tel exercice est possible. Mon intention ici n’est pas de minimiser l'importance des décisions du grand public, ou ceux qui ont travaillé « en coulisse » sur les questions environnementales depuis de nombreuses années, Je suis tout simplement pragmatique sur ce qui peut ou non être démontré.

Angela Merkel - neutre à antinucléaire
3. Il convient d'établir le moment de ce changement d'attitude. La décision de changer a t elle été influencée par un événement particulier (comme la crise de Fukushima), ou ont-ils peut-être bougé progressivement. Il serait également intéressant de noter tout ceux qui ont fait un va et vient sur la question (p. ex., anti puis pro puis anti encore une fois, en réponse à des événements).
Si vous pensez que j'ai raté des cas importants , dites le moi.
Lançons nous dans cet exercice : je vais vous lister quelques personnes qui s'inscrivent dans certaines de ces catégories (Edit : la liste commence à être mis à jour grâce aux commentaires):
– Pro-anti-: Ian Lowe (écologiste australien, revendications, il a fait ce changement dans les années 1970), Ted Taylor (concepteur d'armes nucléaires, 1966)
– Neutre à anti-: Angela Merkel (politicien allemand, 2011) ; John Quiggin (économiste, 2011)
– Anti-pro-: George Monbiot (journaliste environnementale, anti-neutre en 2009, pro-en 2011) ; Mark Lynas (auteur de « Six Degrees », 2008) ; Stewart Brand (auteur de « Whole Earth Catalog », 2005) ; Dick Smith (Entrepreneur australien, 2011) ; Ben Heard (éco-Conseiller, 2010) ; Patrick Moore (co-fondateur de Greenpeace, 2003) ; Stephen Tindale (ancien directeur de Greenpeace, 2009) ; Chris Smith (président de l'Agence de l'environnement, 2009) ; Chris Goodall (Militant du Parti vert et candidat potentiel aux parlementaire, 2009) ; Gwyneth Cravens (auteur, 2007) ; Hugh Montefiore (des fondateurs des amis de la terre, 2004) ; Chicco Testa (Politicien italien, 2008) ; Ian McEwan (auteur, 2010) ; Steve Kirsch (Entrepreneur de U.S., 2008) ; Tony Blair (UK ancien PM, 2006) ; Al Franken (Hôte sénateur démocrate et les médias, 2011)
– Neutre à pro-: James Lovelock (théorie de Gaia, 2004) ; Bob Hawke (ancien premier ministre australien, 2008) ; Bob Carr (ancien NSW Premier, 2008) ; Jared Diamond (chercheur et auteur, 2005) ; Jesse Jenkins, Michael Shellenberger & Ted Nordhaus (2008-2010 Breakthrough Institut [était anti-, avant 2000, puis neutre de 2004 à 2008])
– « Peuvent être considérés comme passé de 100 % énergies renouvelables » à « nucléaire nécessaire »: ; Jim Hansen (climatologue, 2008) ; Barry Brook (biologiste et modélisateur de risque, 2009), David Mackay (physicien,peut-être, 2008) ; Jeffrey Sachs (économiste, 2009)
– Anti - neutre: Chris Huhne (Ministre de l'énergie de GB Lib Dem, 2010) ; Paul Ehrlich (biologiste de la conservation, 2010)
– Versatile: Tim Flannery (écologiste et auteur, 2006-2011)
Bon, c’est à vous. Veuillez fournir vos exemples à ajouter à ma liste dans les commentaires ci-dessous (ou à corriger) et également essayez de remplir les autres catégories. Comme ces ralliements sont vérifiés, je vais mettre à jour ce post afin de refléter les nouvelles informations.
J'ajouterai également d’autres exemples ci-dessous, si j'ai le temps de les rechercher. Notez que la liste courte initiale que j'ai fourni plus haut n'est pas destiné (à ce stade) à « prouver » que plusieurs ont passé d'anti à pro plutot que l'inverse, ce sont des gens dont je suis (actuellement) plus familier.
Avec un peu d'effort, nous devrions être en mesure d’aboutir à un échantillon complet et représentatif. (Ce qui est peut-être suffisant pour faire quelques analyses intéressantes sur le sujet) Je me réjouis de ce que nous pourrons produire, ensemble. Pour moi, c'est une question très intéressante pour tenter de répondre, parce qu'elle fournira un aperçu de ce qui nfluence les attitudes des gens sur cette question très importante de l’énergie et du climat."

dimanche 30 octobre 2011

Que retenir du livre de Bruckner : "le Fanatisme de l'Apocalypse. Sauver la Terre, punir l'homme"



A chacun de se faire son opinion.
Pour ma part, malgré quelques excès, il me semble que Pascal Bruckner alerte avec raison à propos des méthodes très discutables utilisées par certains "auto-proclamés écologistes".


Extrait :

P. Bruckner La peur a toujours été l'instrument des dictatures, qui veulent paniquer les peuples pour les infantiliser. On renverse complètement les présupposés de l'éducation classique, où l'on enseignait d'abord aux enfants comment affronter les dangers. Maintenant on brandit effroi comme école de lucidité. Or le catastrophisme n'a pour seul effet que de nous désarmer


L'article complet du Nouvel Obs. :

Nicolas Hulot : Journaliste, animateur-producteur d'"Ushuaïa", inspirateur du pacte écologique de 2007, il a été un des récents candidats à la primaire écologiste. Il a publié de nombreux ouvrages dont "la Terre en partage" (La Martinière, 2005), "Pour un pacte écologique" (Calmann-Lévy, 2006) et a réalisé en 2009 le film "le Syndrome du Titanic". 
Pascal Bruckner : Ecrivain, essayiste, il est l'auteur de nombreux essais dont "la Tentation de l'innocence" (prix Médicis 1995), "la Tyrannie de la pénitence" et "le Paradoxe amoureux" aux Editions Grasset. Il vient de publier chez le même éditeur "le Fanatisme de l'Apocalypse. Sauver la Terre, punir l'homme".


> Pascal Bruckner, vous n'y allez pas de main morte en écrivant : "L'écologie du désastre est d'abord un désastre pour l'écologie"...
- Pascal Bruckner Je distingue deux écologies, une de la raison et une autre de la divagation, une qui célèbre la nature et une autre qui accuse l'homme. Depuis une dizaine d'années, l'écologie, devenue l'idéologie dominante, instruit le procès de l'humanité et alimente l'angoisse des gens. Paradoxalement elle détourne les citoyens du souci environnemental : l'imminence de la catastrophe est telle que, quoi que nous fassions, c'est fichu.
- Nicolas Hulot Je m'inscris en faux contre l'idée que le sort de l'humain soit second. Notre référence cardinale, c'est l'homme. Celui d'aujourd'hui et de demain. Je ne vois rien de contradictoire avec la préoccupation environnementale : la science et l'observation nous enseignent qu'il y a une étroite communauté de destins entre l'homme et son milieu vivant. L'unique point d'accord que j'ai avec vous, c'est que le désespoir n'est pas mobilisateur. Ce qui rend d'ailleurs délicat l'exercice des lanceurs d'alerte parmi lesquels je me range. Si on donne le sentiment que les crises écologiques c'est toujours pour plus tard, ou que le génie humain trouvera sans coup faillir les remèdes, on devient complice de l'inertie ambiante. « L'habitude, disait Edgar Morin, c'est de sacrifier l'urgence à l'essentiel, alors que l'essentiel c'est précisément l'urgence ! » La seule fatalité que je craigne, c'est de céder au fatalisme. Et je suis triste que les intellectuels soient aussi silencieux sur ces enjeux majeurs et ne nous aident pas à redéfinir le sens du progrès.

> Prenons le livre de Keynes, "les Conséquences économiques de la paix", écrit en 1919. Il y décrivait les scénarios du pire. Tout s 'est révélé exact. Faudrait-il proscrire la pédagogie de la peur quand elle est au service de la vérité ?
- P. Bruckner La peur a toujours été l'instrument des dictatures, qui veulent paniquer les peuples pour les infantiliser. On renverse complètement les présupposés de l'éducation classique, où l'on enseignait d'abord aux enfants comment affronter les dangers. Maintenant on brandit effroi comme école de lucidité. Or le catastrophisme n'a pour seul effet que de nous désarmer. Il y a dans de nombreux discours écologistes une tentation dictatoriale, déjà présente chez Hans Jonas, qui voulait confer la planète à une élite éclairée. Si demain, par malheur, on crée des commissaires politiques du carbone, je ne donne pas cher de nos libertés. Et puis, face à la menace d'une fin des temps, on oppose des gestes dérisoires : abandonner la voiture, manger végétarien, ne plus prendre de bains mais des douches. Remèdes ridicules !
- N. Hulot Vous confondez tout ! Les incitations aux économies d'eau ou d'électricité n'ont pour objet que de sensibiliser aux enjeux écologiques. Pas de les résoudre. Il faut maintenant trouver un autre modèle de développement en sachant qu'une croissance illimitée dans un monde limité n'est pas viable. Que 90 % des matières premières et des ressources naturelles puissent disparaître à la fin du XXIe siècle, ce n'est pas une vue de l'esprit. Nous ne sommes là ni dans la morale, ni dans l'idéologie, ni dans la religion. Je ne m'aventure pas à faire des pronostics sur la fin du monde, mais je suis convaincu que l'univers de demain sera bien différent de celui d'aujourd'hui. Contrairement aux apparences, la norme, ce n'est pas l'abondance mais la rareté. Or la rareté s'anticipe et se gère. Il ne faut pas s'inquiéter d'avoir à édicter collectivement et démocratiquement des limites.

> Pascal Bruckner, vous avez remarqué que Nicolas Hulot fait appel aux intellectuels. Que lui répondez-vous ?
- P. Bruckner Les intellectuels sont utiles pour éviter au mouvement écologiste les dérives dans lesquelles il s'enferre. Tout comme le mouvement ouvrier du XIXe siècle était divisé entre le socialisme démocratique ou libertaire d'un côté et le prébolchevisme totalitaire de l'autre, l'écologie devra choisir. Ce courant autoritaire est d'ailleurs celui qui a battu Nicolas Hulot lors de la primaire. Je ne suis pas surpris qu'on lui ait préféré une juge d'instruction, certes talentueuse, mais qui mettrait volontiers des menottes au genre humain pour lui imposer des limites. Vous avez vous-même mis en garde contre une écologie punitive. Le slogan ridicule « Sauver la planète » ne sert qu'à culpabiliser les enfants ! Si les opinions ont été sensibles au climato-scepticisme, c'est que la thèse du réchauffement climatique a été assénée de façon dogmatique.
- N. Hulot Soyons sérieux ! La question du réchauffement ne se tranche pas à l'applaudimètre ! Ce n'est pas une affaire de sensibilité ou d'opinion. Il faut rappeler qu'à la suite de la Conférence de Rio en 1992 la communauté internationale a confié aux meilleurs experts mondiaux la mission de synthétiser les travaux scientifiques. Il s'avère que la part des activités humaines dans les changements climatiques est réelle. Et que certaines projections à long terme sont catastrophiques si on ne fait rien. N'est-ce pas un devoir d'alerter sur les risques du pire ? Je crois que chacun doit prendre sa part de responsabilité sur le futur. Je retourne bientôt au Tchad avec la représentante des peuples sahariens et nomades dans les négociations sur le changement climatique. A Copenhague, elle m'avait dit cette phrase : « Pour vous, le réchauffement, c'est parfois agréable parce que vous êtes entee-shirt l'hiver. Mais nous, nous sommes déjà dans le tunnel de la mort ! »
- P. Bruckner Que je sache, il a toujours fait assez chaud dans les pays sahéliens ! Plutôt que d'élaborer des scénarios effrayants, pourquoi ne pas s'adapter ? La meilleure réponse aux dérèglements du climat, c'est le développement des pays pauvres, qui doivent se donner les moyens de résister aux aléas naturels. C'est d'ailleurs ce que font les pays émergents, qui tentent de corriger les dégâts de la croissance. Eux connaissent la catastrophe, c'est-à-dire la faim, la pauvreté, la maladie. C'est pourquoi nos discours alarmistes sont inaudibles en Chine, en Inde ou au Brésil, même si ces pays sont conscients des problèmes environnementaux. Leur pari, c'est de promouvoir une vie décente pour des milliards d'hommes sans épuiser les ressources. Les Chinois sont numéro un pour la fabrication des panneaux solaires. Je me demande si le discours catastrophiste n'est pas que le cri dépité des anciennes nations dominantes, Europe et Amérique, réalisant qu'elles ont perdu la main et que les colonisés d'hier leur ont volé le feu. Nous voudrions mettre un terme à l'histoire industrielle, mais les autres peuples nous laissent à nos anathèmes et poursuivent autrement l'aventure du progrès.
- N. Hulot Quand vous dites qu'il a toujours fait chaud au Sahel, ça me choque. Il faut tout de même réaliser ce qu'un minuscule degré de plus signifie dans la bande sahélienne. Au Darfour, c'est précisément ce degré-là qui a déclenché un basculement climatique et contraint les éleveurs de chameaux nomades à se déplacer et à entrer en compétition avec les pasteurs. Vous me reprochez de ne pas avancer de solutions toutes faites et vous avez raison : je n'ai pas réponse à tout. Mais ma vision est très nette. Il convient d'abord de fixer des limites qui ne soient pas des privations. Car le progrès, c'est ma conviction, vaut autant par des acquiescements que par des renoncements. Et à cet égard vous faites une lourde erreur quand vous évoquez la Chine. Pékin a cent fois mieux que nous anticipé l'épuisement des ressources. Là où l'Europe a un diplomate en Afrique, les Chinois en ont dix pour accaparer les terres rares ! Ils ont pris conscience qu'ils ne pourront pas se développer à l'identique de l'Occident.
- P. Bruckner Je vous accorde que vous incarnez une écologie humaniste. Et c'est pourquoi vous avez été battu à la primaire. Il y a d'autres courants, notamment chez les militants pour qui les droits du vivant ont la préséance sur les droits de l'homme. On nous explique, c'est la position d'un Michel Serres, qu'il faut accorder un droit à la nature ou encore « penser comme une montagne » (Aldo Leopold) contre les humains prédateurs. Ce faisant, on oublie que défendre une forêt contre la cupidité d un entrepreneur minier, c'est toujours opposer certains hommes à d'autres hommes. Les falaises, les bovins, les oiseaux ont droit à notre protection, mais ils ne peuvent plaider leur cause eux-mêmes. Au lieu d'invoquer une guerre entre l'homme et les espèces animales, il conviendrait de plaider pour une solidarité du vivant. Pour un anthropocentrisme élargi.

> Les écologistes, écrivez-vous, seraient des « ventriloques » qui parlent au nom des générations futures. Préserver les intérêts de l'humanité à venir ne date pourtant pas d'aujourd'hui. C'était déjà une préoccupation de Condorcet...
- P. Bruckner Le chantage à l'avenir a toujours été un moyen de tyranniser les hommes : le christianisme expliquait déjà que les péchés commis sur terre se paieraient au centuple en enfer. Le marxisme exigeait le sacrifice des masses populaires pour le bonheur des générations qui vivraient un jour dans le paradis socialiste. Nous sommes responsables de nos enfants et de nos petits-enfants, mais au-delà, cette charge devient abstraite : l'étendre à notre descendance sur cent ou deux cents ans est absurde ! On prend le risque de tyranniser les générations présentes sous prétexte de sauver une humanité future dont on ne sait rien. Tout subordonner à la survie permet en outre de détourner le regard des injustices du temps présent. Ce que je vois dans le courant écologique, c'est un phénomène très classique en Occident : le retour, au nom de la défense de la Terre mère, de la peste ascétique. Est-ce se conduire en enfant gâté que de vouloir, quand on appuie sur l'interrupteur, que la lumière soit et non qu'on réduise de 50% notre consommation d'électricité comme le suggérait Yves Cochet ? Va-t-on éteindre les villes la nuit, revenir à l'époque de la bougie, comme semblent le souhaiter les décroissants ?
- N. Hulot Ce qu'il faudrait surtout éviter, c'est de n'avoir pas d'autre alternative que celle de la bougie ! Encore une fois, nous puisons l'essentiel de notre énergie et de nos ressources dans des stocks finis qui arriveront forcément à épuisement. Si on veut éviter le rationnement et la régression, il faut que nous nous fixions collectivement des bornes. Exactement comme on l'a décidé pour les ressources halieutiques. On a imposé en Europe des quotas de pêche et les scientifiques contrôlent régulièrement les résultats. Parfois, oui, ils disent : là, il faut arrêter, sinon les thons rouges ne pourront plus se reproduire et ils disparaîtront. Quand on intervient trop tard, comme ce fut le cas avec la morue, les stocks ne sont toujours pas reconstitués cinquante ans après. Nous sortons à peine de cette illusion de l'abondance. Je ne plaide pas pour une société ascétique, mais je crois qu'il y a certainement un point d'équilibre qu'il faudra bien trouver entre l'ascétisme obligatoire et le gâchis inconscient. 20% de l'humanité qui consomme 80% des ressources de la planète, comment appelez-vous ça ? L'idée n'est pas de pénaliser l'homme d'aujourd'hui au nom de l'homme hypothétique du troisième millénaire. C'est plutôt de concilier l'ensemble des contraintes et, dans beaucoup de domaines, on sait déjà faire. Prenons l'exemple de l'injustice sociale dont vous supposez à tort que l'écologie ne se préoccupe pas. C'est tout le contraire ! Si nous ne partageons pas les richesses, et vite, un risque majeur d'explosion est à craindre parce que, dans un monde interconnecté, tout se voit et tout se sait. Vous mettez donc dans le baril de poudre des inégalités un puissant détonateur : l'humiliation. Pour moi, l'écologie ce n'est pas une préoccupation de plus à un moment critique de l'histoire, c'est l'histoire tout court.
- P. Bruckner Je reste confiant dans le génie humain, dans sa capacité à surmonter les problèmes qui se posent à lui. Tout en étant conscient de l'extrême difficulté de notre situation. J'observe une attitude ambiguë dans le mouvement écologique vis-à-vis de la science. D'un côté, il dresse une critique du progrès et de ses dérives déjà présente chez Rousseau. De l'autre, il invoque en permanence les études des savants qui justifient son combat. "Les scientifiques nous disent...", ainsi commencent toutes les objurgations vertes. C'est sur des travaux savants que les écologistes s'appuient pour asséner que la Terre a épuisé les ressources disponibles. Mais la science est d'abord une école du doute qui ne cesse de réfuter ses erreurs passées. A bien y regarder, l'écologie est en fait piégée dans l'idéologie qu'elle dénonce : celle du progrès, du calcul et du scientisme. Que savons-nous des capacités de la Terre à encaisser les pollutions contemporaines ou même le réchauffement ? Vous remarquerez que les bonnes nouvelles ou les progrès déjà réalisés sont généralement passés sous silence puisqu'il s'agit en permanence de nous accabler, de nous décourager. On ne nous dit jamais, par exemple, qu'il y a plus de forêts en France en 2011 qu'au XIXe siècle, qu'on respire mieux à Paris aujourd'hui qu'en 1960 ou encore que les déchets de plastique qui flottent dans l'océan Antarctique sont déchiquetés en petites billes par des bactéries. Il y a une réversibilité des dommages, la nature peut produire des contre-pouvoirs aux pollutions qu'elle affronte. Et si les stocks naturels sont limités, les ressources intellectuelles, elles, sont illimitées. Je refuse à me complaire dans une vision sombre des temps à venir. Je crois que le remède se trouve dans le mal et au sein même du progrès et de la science qui ont généré, c'est exact, des ravages effroyables mais les ont aussi corrigés. Je ne comprends pas la diabolisation des OGM ou plutôt je comprends trop bien qu'en détruisant les parcelles les faucheurs volontaires font le jeu, sans le savoir peut-être, des puissantes multinationales américaines qui n'ont plus de concurrents français.
- N. Hulot Comme disait un des mes amis économiste américain, Amory Lovins, l'optimisme et le pessimisme sont les deux facettes d'une même médaille : la résignation. Dans les deux hypothèses, soit que tout s'arrange, soit que tout s'effondre, on reste passif. Or il y a des processus irréversibles et d'autres sur lesquels on peut agir. Pour la couche d'ozone, l'amélioration s'explique pour une bonne part par l'interdiction des aérosols. En revanche, quand mon camarade Yves Coppens lançait l'idée que pour limiter le réchauffement climatique on pourrait modifier l'axe d'inclinaison ou de la rotation de la Terre grâce à des charges atomiques, je crois qu'on s'égare. Comme le disait Jean Rostand : « La science a fait de nous des dieux avant défaire de nous des hommes. Et pour l'heure nous ne sommes encore que des hommes. » J'ai autant foi que vous dans le génie humain, mais les menaces ont changé d'échelle. Pour la première fois, les emballements risquent bien de nous échapper. Peut-être bien qu'après-demain on pourra capter une infime partie de ce que le Soleil fournit en énergie à la Terre et que cela suffirait à répondre à nos besoins. Mais on n'en est pas là. Et pour arriver sain et sauf à ce rendez-vous, il faudra un nouveau modèle économique pour que l'ère des vanités fasse place à celle de l'humilité.

> Vous n'avez pas évoqué Fukushima. Cette catastrophe ne vient-elle pas précisément donner raison aux catastrophistes écolos ?
- P. Bruckner Quand c'est arrivé, j'ai noté une étrange volupté du désastre chez certains prophètes de l'horreur annonçant « la fin du progrès », tel Ulrich Beck ! Pour eux, ce fut une divine surprise : enfin ils avaient leur second Tchernobyl. Il y a des amoureux de la catastrophe qui l'attendent comme d'autres l'arrivée du Messie. Six mois après, on compte peu de morts, même si des conséquences funestes sont à craindre et que les négligences de l'entreprise Tepco sont criminelles. Je veux bien qu'on arrête l'énergie nucléaire civile, mais par quoi la remplacer dès lors que les énergies renouvelables ne renouvellent pour l'instant pas grand-chose ?
- N. Hulot Je ne peux pas laisser dire qu'un seul écologiste digne de ce nom puisse se réjouir de la catastrophe de Fukushima ! Que les événements viennent avaliser ou infirmer mes inquiétudes ne me conduit pas à faire des hiérarchies dans l'affliction. Simplement, lorsqu'une société n'est pas capable de contenir dans le temps et l'espace les conséquences d'un risque technologique, il faut arrêter. A Fukushima, on a vu que le personnel scientifique et politique était dépassé. Pour moi, c'est la démonstration de trop. Si on répond aux besoins énergétiques de la planète par l'atome, on aura statistiquement un accident tous les cinq ans. Et qu'un territoire puisse être contaminé sur 50 kilomètres pendant plusieurs générations, ce n'est pas l'idée que je me fais du progrès.
Recueilli par Guillaume Malaurie et Maël Thierry - Le Nouvel Observateur

dimanche 6 décembre 2009

Fondation Hulot : "Copenhague J-5: " Le Nucléaire : une partie de la solution"


Alors que Nicolas Hulot préconise un rééquilibrage du bouquet énergétique abaissant les 80% d'électricité nuclaire francaise,
mais que le PS au travers de Ségolène Royal assouplit son discours envers le nucélaire (ou voir annexe ci dessous),

Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de veille de la Fondation Hulot, reste réaliste sur les solutions d'avenir et encourage à s'appuyer encore sur l'énergie nucléaire.

Extrait d'un très interessant article :

"...
D'ailleurs regardez bien les pays qui n'ont pas de nucléaire ou qui ont arrêté leur programme atomique, il recourent souvent au charbon. C'est vrai aux Etats-Unis, vrai au Danemark et vrai aussi en Allemagne, où Joschka Fischer, ancien Ministre Vert des Affaires étrangères, n'hésitait pas à appeler de ses vœux la construction de plusieurs nouvelles centrales à charbon.


Et pourquoi ?

Parce que c'est la solution préférée de l'actionnaire ! Le nucléaire, en coût d'installation, c'est 3000 € du kilowatt. Le charbon, c'est entre 1000 et 1500 €, et le gaz, c'est encore moins cher : 500 € (mais le charbon est moins cher par kWh). Le vrai concurrent du nucléaire, c'est le charbon et le gaz. Pas les éoliennes. J'ajoute que la libéralisation de l'énergie en Europe, qui incite à confier la production d'électricité à des sociétés privées, accélère la fuite en avant vers les énergies fossiles. C'est plus simple et moins risqué pour elles - et pour leurs banques - d'immobiliser des capitaux sur seulement trois ou quatre ans, le délai de construction d'une centrale à charbon, voir même deux ans s'il s'agit d'une centrale à gaz, que pendant les huit années nécessaires à la mise en œuvre d'une centrale nucléaire.
..."
 
Cliquez ici pour l'article en entier.


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ANNEXE :

Le Monde :

Ségolène Royal (PS) assouplit sa position sur le nucléaire :
'inflexion n'est pas passée inaperçue aux yeux des militants "pro" et "anti". Ségolène Royal a évolué sur la question de l'énergie nucléaire. Le 5 janvier, dans le courrier qu'elle avait adressé à Nicolas Hulot en réponse à son pacte écologique, la candidate socialiste s'était engagée à "augmenter la part des énergies renouvelables (avec) un objectif de 20 % de la production d'énergie primaire en 2020", et "à ramener la part d'origine nucléaire à 50 % d'ici à 2017". Son pacte présidentiel, présenté le 11 février, est plus prudent.



Il s'agit, "pour préparer l'après-pétrole", de "soutenir massivement les énergies renouvelables pour atteindre 20 % de la consommation en 2020", et de "réduire la part du nucléaire". Si l'objectif premier demeure ambitieux - la part des énergies renouvelables atteint 6 % de la consommation intérieure et 11 % de sa production d'énergie -, Mme Royal est désormais plus floue sur le nucléaire. Elle ne fixe plus d'objectif chiffré ni de calendrier.


"Elle revient au principe de réalité", se félicitait alors, le 11 février, Jean-Pierre Chevènement, en mettant en avant le coût de production des énergies renouvelables par rapport au nucléaire. "Je n'ai pas eu besoin d'insister, commente aujourd'hui le président d'honneur du MRC, rallié à la candidature de Mme Royal. Je lui ai juste rappelé, voilà un mois, le contenu de notre accord avec le PS et j'ai l'impression d'avoir été entendu". Cet accord entre les deux partis stipulait que l'industrie nucléaire française était un "atout majeur" qu'il fallait "préserver". D'autres responsables socialistes ont également fait pression en ce sens, provoquant la disparition d'une estimation précise de réduction de la part nucléaire.



Une première entorse aux engagements Hulot ? "Son pacte ne précisait aucun objectif chiffré et restait vague sur le nucléaire", affirme Bruno Rebelle, conseiller pour ces questions auprès de Mme Royal. "On revient au projet du PS qui lui-même ne donnait pas de chiffre, ajoute l'ancien dirigeant de Greenpeace France. Mais le cap reste le même. On est toujours dans une logique de réduction, en moins précis." Lors du débat participatif consacré à l'environnement, le 24 janvier, à Montluçon, la candidate s'était déclarée partisane "d'une action progressive d'extinction des centrales nucléaires anciennes et les plus dangereuses", et cet objectif-là, selon M. Rebelle, même s'il n'est plus affiché, n'est pas remis en cause. "Un processus d'audit est nécessaire, tempère-t-il. Ce type de fermeture se fait sur plusieurs années." Un délai qui permettrait de gérer les conséquences sur l'emploi et leur mutation vers d'autres productions d'énergie. Pourtant, là aussi, les récentes déclarations du porte-parole d'Arnaud Montebourg, indiquant que les socialistes "s'orientaient" vers le maintien du projet réacteur EPR à Flamanville (Manche), ont jeté le trouble. "Quel est la position du PS ? Je voudrais échanger avec la candidate !", l'avait interpellé le militant d'un collectif lors de la venue de Mme Royal en Basse-Normandie le 21 février. D'autres, brandissant des banderoles jaunes avec le sigle nucléaire, avaient brièvement perturbé l'entrée de son meeting, le même jour, à Mondeville, dans la banlieue de Caen.

"CACHÉ"
"La décision de construire l'EPR a été prise par le gouvernement Raffarin, avait indiqué la candidate en marge de sa réunion, sans véritable débat, y compris sur le tracé de la ligne à très haute tension", nécessaire pour alimenter la centrale. "Tout ce qui est caché finit mal, avait-elle ajouté en promettant l'ouverture d'un "débat public" si elle était élue. "Les décrets de construction ne sont pas encore pris", relativisait-elle.



Ces hésitations n'ont pas échappé aux Verts. "Elle en dit un peu moins que dans sa réponse à Hulot mais elle n'a pas dit le contraire", veut croire Yann Wehrling, porte-parole. Yves Cochet, député de Paris, qui a fait de la question énergétique son cheval de bataille, considère, lui, que la position de la candidate socialiste est "en recul" : "Ségolène Royal a changé de position, hélas ! Les socialistes ont réussi à raboter l'audace écologique dont elle avait fait preuve."